Signes des temps

29 Mai 2015 Par France Clarinval
Les signes religieux sont également explorés dans l'exposition. (Photo: MHVL-Boris Fuge)

La nouvelle exposition temporaire du Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg s’intéresse aux signes sous toutes leurs formes. Original et instructif.

Style vestimentaire, signes gestuels, uniformes et tatouages: nous rencontrons les signes à chaque pas dans notre quotidien. Ils renvoient aux règles, aux coutumes, indiquent l’appartenance sociale, représentent nos conceptions du monde et symbolisent les rapports de pouvoir. La fondation Haus der Geschichte der Bundesrepublik Deutschland leur a consacré une exposition: après Bonn, Leipzig et Berlin, celle-ci rend visite au Grand-Duché de Luxembourg, dans une version enrichie d’exemples locaux.

L’exposition explore en détail le langage «sans paroles» des signes et de leurs messages, faisant aussi une part aux malentendus qui leur sont inhérents. Elle met en lumière la communication non verbale dans la société, à l’aide de 600 photographies, de stations interactives, d’installations multimédias et d’objets exposés.

Dès la naissance, les signes confèrent aux hommes et aux femmes des attributs spécifiques: du rose et du bleu de nos premières années, nous passons plus tard aux talons hauts et à la cravate. Des rôles s’attachent aux uniformes, et le «fauteuil du chef» se doit d’être plus large que la chaise de l’employé! Si les rockers portent un blouson avec patchs comme signe de leur appartenance à un groupe, les tatouages, quant à eux, sont censés conférer une individualité au corps. Une couleur peut être un avertissement ou bien jouer un rôle séducteur. Cœurs gravés dans l’écorce des arbres et cadenas accrochés aux balustrades des ponts sont autant de symboles de l’amour éternel.

De tout temps, les religions s’appuient sur des systèmes de signes clairement définis, tels qu’attitudes de prière et gestes de bénédiction. Pourtant, certaines gestualités n’ont pas survécu: ainsi, l’exposition consacre un chapitre aux éventails, à l’aide desquels les femmes distinguées des 18e et 19e siècles menaient, sans prononcer un mot, de galantes conversations.

Le visiteur apprend également à déchiffrer les signes: en politique, par exemple, où vêtements et langage corporel dans l’espace médiatique visent un effet calculé. La protestation politique aussi a recours à des signes forts et sans ambiguïté, comme le symbole «Peace» du mouvement pacifiste ou les masques «Guy Fawkes» des mouvements Anonymous et Occupy. Enfin, le Street Art a développé un langage de signes graphiques et visuels qui lui est propre et qui, fréquemment, ne peut être compris que par les initiés.

Toutefois, la signification des signes connaît de grandes variations d’un contexte culturel et temporel à un autre. En fonction du pays, le même signe gestuel indiquera une approbation ou exprimera une insulte. Les symboles traditionnels peuvent perdre leur signification d’origine et devenir de simples accessoires de mode.

Une salle de documentation ainsi qu’une petite salle de cinéma complètent le parcours de cette exposition captivante et riche d’enseignement.

Jusqu'au 3 janvier au Musée d'Histoire de la Ville de Luxembourg.