Débat sur les médias

Service public, pluralisme et accès à l’information

Le pluralisme de la presse sera au cœur d’un débat organisé le 14 novembre par le Paperjam Club. Un sujet qui a fait l’objet d’une étude à laquelle a participé l’Uni et qui relève plusieurs enjeux pour ce marché si spécifique qu’est celui du Luxembourg.

Qu’il soit considéré comme petit ou particulier selon le point de vue, le secteur des médias au Luxembourg comporte de nombreuses particularités et autant de défis qui figurent dans l’étude «Media Pluralism Monitor», signée par le Centre for Media Pluralism and Media Freedom, qui rassemble des chercheurs au niveau européen.

Le rapport consacré au Luxembourg est tracé selon une méthodologie de mesure des risques autour de quatre piliers interconnectés: la pluralité du marché médiatique, les protections de base, l’inclusion sociale via les médias et l’indépendance politique.

Le plus grand risque est pointé sur la pluralité du marché, à hauteur de 68%. Les sous-segments de concentration verticale (par secteur) et horizontale (différents médias détenus par un même groupe) reflètent l’hégémonie de RTL dans l’audiovisuel et les positions dominantes de Saint-Paul et Editpress en presse écrite.

Le régime transitoire d’aide à la presse en ligne aura tendance à renforcer cette concentration.

Raphaël Kies, chercheur à l’Uni

«La concentration dans la presse s’explique aussi par le régime de l’aide à la presse», déclare Raphaël Kies, chercheur à l’Uni et auteur avec Kim Nommesch et Céline Schall du rapport. «Mais j’ai l’impression que le régime transitoire d’aide à la presse en ligne aura tendance à renforcer cette concentration, avec des conditions probablement trop restrictives pour les petits médias en ligne.»

Quelle place pour les minorités?

Autre risque, moyen cette fois (56%), celui de l’inclusion sociale. Ou comment faire en sorte que les minorités puissent avoir accès à l’information. Dans le cas du Luxembourg, la question tourne autour de l’accès des différentes communautés linguistiques à un média qui leur parle. Si la situation semble correctement proportionnée dans la presse écrite, elle est moins en phase avec ce public multiculturel dans l’audiovisuel dominé par des chaînes en langue luxembourgeoise, malgré des programmes comme Latina et, plus récemment, L’essentiel Radio. RTL développe aussi depuis plusieurs mois son site en français 5minutes pour capter le nombreux public francophone du pays.

 «Il y a d’autres petits États, je pense par exemple à Chypre ou Malte, dans lesquels il n’y a pas une telle concentration des médias. Il n’y a pas de loi qui interdit la concentration ou de loi spécifique sur la concurrence dans les médias au Luxembourg», ajoute Raphaël Kies, qui pointe par ailleurs la question du service public.

«RTL a des missions service public qui supposent de s’adresser à l’ensemble de la population résidente, mais les émissions sont quasi exclusivement en langue luxembourgeoise, comme s’il y avait une volonté de la protéger, note Raphaël Kies. Ceci soulève la question du service public et de son financement.» Le chercheur appelle en effet à ouvrir le débat sur une réforme du service public qui ne correspond plus à la réalité du pays.

Quid des influences?

Les deux autres points de l’étude laissent apparaître tout d’abord un risque moyen dans son ensemble quant à l’indépendance politique (47%). Mais à y regarder de plus près, deux piliers laissent apparaître un certain risque dans le contrôle politique de médias.

Ceci s’explique par les obédiences catholiques et socialistes qui détiennent respectivement le groupe Saint-Paul et Editpress, alors que, sur un autre plan, RTL et l’État sont liés par un accord de concession – renouvelé cette année – portant, d’une part, sur l’exploitation de canaux de diffusion et, d’autre part, sur la mission de service public de chaîne de télévision luxembourgeoise du groupe.  

Raphaël Kies recommande d’ailleurs que l’Autorité luxembourgeoise de l’audiovisuel (l’Alia) soit dotée de moyens supplémentaires pour contrôler les nombreuses chaînes télévisées opérant sous concession luxembourgeoise. Quant aux «protections de base», le rapport pointe particulièrement un risque dans l’accès à l’information.

Ces enjeux seront abordés ce mardi 14 novembre durant la table ronde «Au nom de la diversité: propositions pour une réforme significative de l’aide de l’État à la presse.» Organisée en soirée aux Rotondes, elle réunira, physiquement ou par message vidéo, des représentants politiques et de maisons d’édition.