2017, VUE PAR LES JOURNALISTES DE PAPERJAM

Quand la peur a changé de camp

28 Décembre 2017 Par Audrey Somnard
Le hashtag «metoo» a déclenché une déferlante de témoignages sur les réseaux sociaux
Le hashtag «metoo» a déclenché une déferlante de témoignages sur les réseaux sociaux. (Photo: Licence C.C.)

L’année 2017 aura marqué un grand tournant pour les femmes. L’affaire Weinstein a été révélée au mois d’octobre, elle a bouleversé Hollywood et bien au-delà.

Les journalistes de Paperjam vous proposent un regard personnel sur un fait marquant de l’actualité de 2017.

Les semaines qui ont suivi les révélations des agissements du producteur tout puissant ont été un raz-de-marée médiatique, avec #metoo ou encore en France #balancetonporc, qui ont révélé l’ampleur du phénomène grâce aux réseaux sociaux. 

Les femmes qui ont eu le courage de témoigner ont été saluées par le Time comme personnalités de l’année. Des lanceurs d’alerte d’un nouveau genre. Ces femmes qui ont pris la parole publiquement ont réussi à modifier la donne. Au-delà des paillettes d’Hollywood, les discussions ont commencé à fuser, et ce à tous les niveaux de la société. Des femmes ont réalisé que ce qu’elles avaient subi n’était pas la fatalité, qu’elles n’étaient pas seules. Les «gros lourds» ont compris que leur comportement n’avait rien d’anodin, les hommes plus généralement ont compris qu’ils faisaient partie de la solution.

Une remise en cause collective et sociétale s’est faite grâce au travail des journalistes qui ont révélé l’affaire, mais surtout grâce à ces femmes qui ont décidé que la peur devait changer de camp.

Avant Weinstein, l’affaire Travis Kalanick, fondateur d’Uber, avait déjà jeté un froid. Ce dernier avait dû démissionner de sa propre société en juin dernier après une longue série de scandales, notamment de harcèlement sexuel. Uber avait mis beaucoup de temps à réagir. Trop de temps.

Le monde de la Silicon Valley avait été choqué par cette affaire. Un univers a priori moderne pour des comportements jugés archaïques. Et pourtant. Tous les secteurs sont touchés. On serait tentés de faire une corrélation entre le manque de femmes à des postes-clés et le sentiment de toute puissance de ces hommes pour qui tout était jusque-là possible.

L’impunité des harceleurs est-elle bel et bien terminée? Difficile à dire. Mais les entreprises semblent avoir pris conscience que ce n’est plus aux victimes de se taire et démissionner, pour que tout continue comme avant, «business as usual».

Le Luxembourg a échappé à ce grand déballage médiatique en restant très discret, comme à son habitude. Le Code du travail luxembourgeois protège les employés, mais en pratique, ce sont les mentalités qui doivent évoluer. Il est encore aujourd’hui plus facile de licencier une victime qui remet en cause une personne dirigeante que de prendre des mesures pour la protéger.

Cette libération de la parole va permettre aux femmes de dénoncer ces comportements inacceptables et aux entreprises de réagir comme il le faudrait pour protéger et défendre ces dernières. 2018 va permettre de juger à plus long terme du pouvoir des réseaux sociaux.