Implantation de data centers

Le haut de gamme pour tirer son épingle du jeu

16 Juillet 2017 Par Jean-Michel Hennebert
Cliquez sur la carte pour afficher les informations liées aux sites de data centers implantés au Grand-Duché. 

Bien qu’éloigné du podium des pays les plus attractifs pour l’accueil des centres d’hébergement de données, le Luxembourg concentre ses efforts sur des infrastructures répondant aux plus hauts standards. Une stratégie qui porte peu à peu ses fruits.

Au cœur de la stratégie de la diversification économique du gouvernement luxembourgeois depuis le début des années 2000, l’implantation de data centers a connu ces derniers jours un regain d’intérêt soudain. La faute à la médiatisation du projet d’implantation d’un complexe taille XXL voué à répondre aux besoins toujours plus importants de Google. Bien qu’inédit par son ampleur – un site de 25 hectares et un investissement d’un milliard d’euros, soit «le plus gros investissement de l’histoire du Luxembourg», selon Étienne Schneider (LSAP), ministre de l’Économie –, ce dernier n’a été envisagé qu’en raison des investissements consentis depuis le début des années 2000.

Imaginé dans le cadre la diversification de l’économie, l’implantation des data centers s’est peu à peu transformée. De simples espaces de stockage de données, ces centres sont peu à peu devenus de véritables fournisseurs de services répondant aux plus hauts standards. Si le pays se classe en 2017 au 35e rang mondial selon le cabinet spécialisé Cloudscene qui prend principalement en compte le nombre d’installations, la donne change du tout au tout en analysant les types de data centers.

Bien loin de ses voisins européens en termes de volume, le Grand-Duché se rattrape sur le niveau de performance de ses installations, le pays étant de loin celui qui offre le plus grand nombre de sites labellisés Tier IV. Soit le plus haut niveau de garantie de délivrance de service – 99,99% – avec des équipements permettant «de pallier les pires scénarios d’incidents techniques sans jamais interrompre la disponibilité des serveurs en place», selon la définition de l’Uptime Institute, seul organisme habilité à accorder cette classification.

Cette stratégie, identique à celle appliquée pour développer la Place, a été décrite en juin 2016 par Gilles Feith comme étant destinée se concentrer «sur la couche de haute qualité et de services à valeur ajoutée». Interrogé par Paperjam, le directeur du Centre des technologies de l’information de l’État indiquait alors que le Luxembourg n’avait pas pour vocation à élargir de manière exponentielle le nombre d’acteurs présents, mais au contraire à «miser sur la concentration des acteurs afin de […] construire le pôle de compétence digitale en Europe.»

Une idée en adéquation avec un pays à la taille limitée et dont le nombre de terrains disponibles pour ce type d’activité se révèle être restreint. Pour tirer son épingle du jeu, l’État applique donc une fois encore les recettes qui ont fait son succès, à savoir l’exploitation d’une niche. Dans ce cas de figure, très haut de gamme. L’idée, bien que séduisante sur le papier, n’a pas toujours été couronnée de succès comme le prouve les approches réalisées au cours des dernières années par Facebook ou Apple.

Rêve de «Silicon Valley européenne»

Bien qu’intéressés par l’optique luxembourgeoise, les deux géants américains ont finalement renoncé. Le premier principalement en raison d’insuffisances foncières, le second en raison du déclenchement des LuxLeaks. Le dernier échec en date, moins médiatisé, fait suite aux tentatives du gouvernement de donner une nouvelle fonction à la gare fantôme du Findel. Encore une fois séduisante sur le papier, l’idée de la transformer en data center s’est toujours heurtée à ce jour aux contraintes techniques. Un temps sur la liste du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, le site a finalement été écarté au profit du technopôle italien de Bologne. Certains acteurs luxembourgeois du secteur estiment d’ailleurs que ce projet devrait être abandonné à plus ou moins long terme.

De quoi peut-être confirmer que seule une stratégie coordonnée peut mener à faire du Grand-Duché une part de la «Silicon Valley européenne» rêvée par les décideurs politiques.