2017 VUE PAR LES JOURNALISTES DE PAPERJAM

L’air est toujours plus vert chez le voisin

30 Décembre 2017 Par Jonas Mercier
Du fait du tourisme à la pompe, les carburants fossiles représentent encore plus de la moitié de l’énergie consommée par le Grand-Duché.
Du fait du tourisme à la pompe, les carburants fossiles représentent encore plus de la moitié de l’énergie consommée par le Grand-Duché. (Photo: Licence C.C)

Malgré des efforts consistants pour augmenter la part de renouvelable dans son mix énergétique, le Luxembourg reste le plus mauvais élève de l’Union européenne en termes de production d’énergie propre. Il suffirait pourtant de peu de choses pour renverser la vapeur.

Les journalistes de Paperjam vous proposent un regard personnel sur un fait marquant de l’actualité de 2017.

Entre 2014 et 2017, quelque 1.700 installations photovoltaïques ont été installées au Luxembourg avec une puissance totale d’environ 25.000kW, soit la consommation annuelle de 25.000 personnes. Selon les derniers chiffres de l’Institut luxembourgeois de régulation (ILR), on compte près de 6.500 centrales de ce type à l’échelle du Luxembourg, mais aussi 68 éoliennes et 26 unités de production de biogaz.

Le Grand-Duché a fait de nombreux efforts ces dernières années pour améliorer son empreinte carbone. D’abord en encourageant les particuliers et les entreprises à investir dans l’énergie solaire grâce à une politique de subventions avantageuse, mais aussi en montrant l’exemple. Lycées, salles de concert, immeubles administratifs… une quinzaine de bâtiments publics sont ainsi équipés de panneaux photovoltaïques et 35 devraient suivre dans les années à venir.

La Lituanie et l’Estonie en renfort

Des initiatives bienvenues dans un contexte qui est pourtant loin d’être rose, ou plutôt vert. Le Luxembourg enregistre en effet, aux côtés de Malte, la plus faible proportion d’énergie renouvelable de l’Union européenne dans son mix énergétique. Celle-ci se situe à 5% selon Eurostat ou 5,59% selon les chiffres du ministère de l’Économie. Alors même qu’en 2009, le Grand-Duché s’était engagé devant Bruxelles à atteindre le seuil des 11% en 2020… l’objectif le moins ambitieux de l’Union européenne.

Pour être sûr de finir dans les clous, le gouvernement a choisi d’importer de l’énergie propre d’autres États membres qui présentent des surplus. Deux accords de ce type ont été signés en fin d’année avec la Lituanie et l’Estonie, sans que la quantité exacte ni le prix ne soient toutefois communiqués. De l’argent qui, justement, aurait pu être utilisé sur le territoire pour améliorer les capacités de production locales, selon certains.

Une énergie trop taxée?

À en croire les professionnels des énergies renouvelables, le potentiel énergétique renouvelable du Luxembourg suffirait largement à atteindre l’objectif européen «modeste» que s’est fixé le Grand-Duché, sans avoir recours à l’aide extérieure. Mais des incohérences persistent au niveau législatif, ce qui empêche le développement de certaines technologies vertes. C’est en tout cas l’avis de Dieter Broes, l’un des deux cofondateurs de la société Winwatt, le distributeur officiel pour le Luxembourg et la Belgique des batteries résidentielles de Tesla.

Selon lui, la technologie est prête, mais les conditions de mise en réseau freinent son développement. Au coût d’achat et d’installation de la batterie (5.000 euros), il faut en effet rajouter 2.000 euros, qui correspondent à l’installation de compteurs intelligents par Creos, soit le prix de la prime versée par l’État. Or, cette manœuvre est inutile, assure Dieter Broes, qui précise qu’un simple compteur pourrait faire l’affaire. De plus, l’énergie stockée dans ces batteries, qui ne sort pas du foyer et donc n’entre pas sur le réseau, est taxée au même titre que celle qui provient de l’extérieur.

Une situation qui explique, peut-être, le faible taux de pénétration de cette technologie au Grand-Duché. En effet, depuis le début de l’année, seulement quatre batteries ont été installées… dont deux font partie d’un projet pilote mené au CDEC.

«Il n’est pas trop tard»

Le tourisme à la pompe est l’autre problème, politique cette fois-ci, relevé par les défenseurs des énergies renouvelables. La consommation de carburant est en effet disproportionnée par rapport au nombre d’habitants du fait des allées et venues de véhicules étrangers qui viennent profiter des prix avantageux. Pourtant, le nombre de litres d’essence facturés sur le territoire luxembourgeois est comptabilisé dans les calculs de l’Union européenne. Et cela représente plus de la moitié de l’énergie consommée par le Grand-Duché.

Or, une étude commanditée en 2014 par le gouvernement lui-même montre que les impacts environnementaux de ce tourisme coûtent plus cher à l’État que ce qu’il lui rapporte en termes de recettes fiscales. Pourquoi donc continuer dans cette direction?

Mais, comme l’a dit le glaciologue français Jean Jouzel lors de son passage au Luxembourg au mois de novembre, «il n’est pas encore trop tard.» À l’échelle du Luxembourg, comme à celle de la planète. «Si l’on veut maintenir l’augmentation de la température globale sous la barre des 2°C, il faut que le pic des émissions de gaz à effet de serre soit atteint en 2020 et qu’il diminue ensuite chaque année de 5%.» Il est donc encore temps de prendre ses bonnes résolutions pour 2018.

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