Opinion

L’accord de Paris et la politique industrielle

07 Février 2016 Par Henri Wagener (Fedil)
L’Union européenne s’était mise d’accord bien avant la COP21 de réduire jusqu’en 2030 les émissions de CO2 de 40% comparés aux niveaux de 1990.  (Photo: Fedil)

Conseiller auprès de la Fedil, Henri Wagener revient sur l'accord international conclu par les membres de la COP21 en décembre dernier.

Le 12 décembre dernier, la conférence internationale des parties sur la lutte contre les changements climatiques, la fameuse COP21 à Paris, a accouché d’un accord international. Après de longues négociations qui ont commencées il y a quatre ans, les pays se sont mis d’accord sur un texte qui a pour vocation de succéder au protocole de Kyoto après 2020. Cet accord de Paris représente une avancée notable dans la lutte contre le changement climatique. Étant donné que quasiment tous les pays du monde l’ont signé, il est légitime de parler d’un accord global. Celui-ci contient un objectif de contenir le réchauffement de la planète nettement en dessous de 2 degrés Celsius et en affichant l’ambition de se diriger vers un seuil de 1,5 degré. En outre, l’accord formalise la démarche des États à présenter des contributions nationales et/ou régionales à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ces engagements devront être présentés et vérifiés en toute transparence et leur respect devient contraignant.

L’Union européenne s’était mise d’accord bien avant la COP21 de réduire jusqu’en 2030 les émissions de CO2 de 40% comparés aux niveaux de 1990. Les États-Unis de leur côté proposent une réduction de 26 à 28% comparés aux niveaux de 2005. Les Chinois ont signalé qu’ils entendent atteindre un pic d’émissions aux alentours de 2030 et qu’ils s’engagent à miser davantage sur les énergies de sources non fossiles. Aussi louables ces engagements soient-ils, force est de constater qu’un décalage persiste entre l’ambition européenne et celle de ses principaux concurrents. L’accord de Paris nous donne certes une base intéressante qui nous permettra de réaliser une avancée globale dans la réduction des émissions de CO2, mais la problématique du décalage concurrentiel de l’industrie européenne vis-à-vis de ses principaux concurrents reste intacte.

C’est pourquoi l’année 2016 sera décisive dans le débat climatique européen. Dans le cadre de la réforme du système d’échange de quotas d’émission, qui sera discutée au cours de cette année, l’Europe devra veiller à apporter des modifications intelligentes au système actuel, qui présente de nombreuses failles. Nous avons toujours plaidé pour une allocation des quotas d’émissions aux industries se basant sur la production réelle et contenant un incitatif à innover qui reflète progrès technique. La proposition de la Commission européenne est très décevante, car elle n’offre aucune perspective aux industries de continuer à produire en Europe dans un contexte concurrentiel intéressant. L’exécutif européen n’a pas réussi à marier l’impératif de réduction des émissions de CO2 et le maintien en Europe d’une base industrielle solide et innovante.

En marge de la COP21, de nombreux pays ont présenté lors d’innombrables conférences leurs stratégies de réduction des gaz qui contribuent au réchauffement climatique. En tant qu’invité, j’ai eu le privilège de suivre ces débats et j’ai retenu une leçon intéressante: nos principaux concurrents ont élaboré leur stratégie de réduction des émissions avec un objectif clairement défini d’investir dans leurs industries, afin qu’elles deviennent plus efficientes, plus compétitives et davantage en mesure de cerner les opportunités créées par un accord mondial sur le climat. Pour les États-Unis et le Japon, par exemple, la politique climatique est un élément indispensable de politique industrielle et les avancées se feront uniquement via le progrès technique. Dans l’Union européenne, nous n’avons pas cette cohérence.

Les réductions d’émissions se feront peut-être, ou un peu, via des avancées dans notre façon de produire. Elles se feront peut-être, voire vraisemblablement, via une réduction de la production en Europe et des délocalisations.

Pourquoi l’Union européenne accepte-t-elle ce choix et pourquoi refuse-t-elle de se doter d’une politique industrielle ambitieuse et cohérente? Il n’est pas encore trop tard de changer de politique.

Article paru dans l'Echo des entreprises, n°1/2016.