Emplois relocalisés

La bataille de chiffres autour du Brexit fait rage

11 Septembre 2017 Par Jean-Michel Hennebert

En compétition avec Dublin, Francfort ou Paris, la Place tente de tirer son épingle du jeu en se positionnant comme îlot de stabilité. Bien loin des retombées en termes d’emplois escomptés chez nos voisins, l’opération pourrait créer «3.000 emplois» au Grand-Duché.

Malgré le discours officiel répété à l’envi par Xavier Bettel et Pierre Gramegna, qui appellent à «construire des ponts» avec les acteurs britanniques depuis le 23 juin 2016, la Place figure bel et bien dans la shortlist des cibles privilégiées des acteurs de la City. Luxembourg se retrouve donc en compétition avec des villes comme Amsterdam, Bruxelles, Dublin, Francfort ou Paris. Mais pas sur tous les secteurs de l’activité financière, loin de là.

À en croire le décompte effectué par Bloomberg, les relocalisations des emplois dans les banques devraient se faire très majoritairement hors du Grand-Duché. À ce jour, sur les quelque 12.700 emplois annoncés en partance du Royaume-Uni, 3.050 iront vers Francfort, 1.400 vers Paris et 150 vers Dublin. Les 8.300 emplois restants, issus des annonces du départ de JPMorgan et Deutsche Bank, ne devraient pas non plus prendre place au Grand-Duché.

Your Diagram TitleDestination inconnue → JP Morgan 4.000Destination inconnue → Deutsche Bank 4.000Francfort → UBS 1.500Francfort → Goldman Sachs 1.000Paris → HSBC 1.000Paris → Soc Gen 400Destination inconnue → Morgan Stanley 300Francfort → Citigroup 250Dublin → Barclays 150Francfort → Nomura 100JP Morgan 4.000JP Morgan: 4.000Destination inconnue 8.300Destination inconnue: 8.300Deutsche Bank 4.000Deutsche Bank: 4.000UBS 1.500UBS: 1.500Francfort 2.850Francfort: 2.850Goldman Sachs 1.000Goldman Sachs: 1.000HSBC 1.000HSBC: 1.000Paris 1.400Paris: 1.400Soc Gen 400Soc Gen: 400Citigroup 250Citigroup: 250Morgan Stanley 300Morgan Stanley: 300Nomura 100Nomura: 100Barclays 150Barclays: 150Dublin 150Dublin: 150

Selon les données recueillies par l’agence économique, seuls 15% des effectifs globaux des établissements bancaires installés pour la plupart au cœur de la City devraient ainsi voir leur cadre de travail changer d’ici à 2019.

N’ayant pas l’ambition d’accueillir une masse conséquente de transfuges de la City, en lien direct avec l’impossibilité d’étendre rapidement les espaces de bureaux, de créer de nouveaux logements ou de répondre de manière satisfaisante au besoin de scolarisation de ces nouvelles familles, le Grand-Duché mise une nouvelle fois sur les niches. Et cela fonctionne. Selon une étude de KMPG, publiée début juillet, pas moins de 21 entreprises ont d’ores et déjà fait le choix du Grand-Duché pour implanter une présence sur le continent. Soit bien mieux que l’Irlande (13), l’Allemagne (8), les Pays-Bas (4), la Belgique (3) et la France (1).

Parmi les sociétés ayant officiellement choisi le Grand-Duché, bon nombre d’assurances, tels Tokio Marine, AIG, FM Global, mais aussi Hiscox, RSA et CNA Hardy, sans oublier Liberty Mutual. Autant de groupes internationaux qui doivent faire venir au Luxembourg majoritairement des responsables destinés à répondre aux besoins de la substance de ces nouvelles structures. Selon les estimations de Nicolas Mackel, CEO de Luxembourg for Finance, ce sont quelque 3.000 emplois qui devraient être créés en lien direct avec le Brexit. 3.000 postes qui ne seront pas synonymes d’autant de nouvelles arrivées d’ici à 2019 et qui doivent être mis en perspective par rapport aux 10.000 nouveaux postes créés chaque année pour faire fonctionner l’économie nationale.

Le nombre total de nouveaux emplois liés au départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, au Grand-Duché comme sur l’ensemble des places financières européennes, ne devrait être connu qu’une fois que la nature des relations entre Londres et Bruxelles sera clairement définie. En attendant, le gouvernement continue de «construire des passerelles» avec les acteurs de la City, le ministre des Finances se rendant en octobre prochain pour un voyage officiel à Londres.