Union européenne

Il nous faut une Union européenne plus modeste

24 Juin 2018 Par Bill Wirtz
Günther Oettinger, commissaire allemand du budget de l’UE.
Günther Oettinger, commissaire allemand du budget de l’UE. (Photo: Licence C.C.)

À Bruxelles, les discussions sur le budget de l’Union européenne pour 2021-2027 continuent de se poursuivre. Il semble que l’Union va encore décider d’augmenter le budget, se rapprochant du 1,1 ou 1,2% du PIB des pays membres, vu que les critiques sont rares. Mais l’augmentation du budget n’est pas dérivée d’une nécessité, c’est un signal politique après le Brexit.

Le commissaire du budget de l’UE, l’Allemand Günther Oettinger, a déjà établi un agenda pour atteindre les nouveaux objectifs budgétaires dans les années à venir. Oettinger, aux côtés du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a déclaré lors d’une conférence de presse qu’entre 2021 et 2027, les États membres devraient contribuer entre 1,1% et 1,2% du revenu national brut, contre 1% actuellement. Le commissaire a expliqué plus tard que 50% de l’écart budgétaire créé par le départ du Royaume-Uni seront déjà couverts par des réductions dans le secteur de l’agriculture et du développement régional. L’autre moitié sera couverte par des revenus croissants pour lesquels les dirigeants de l’UE sont en train de scruter le terrain, à la recherche de volontaires qui voudront payer la facture.

Une opposition dans les États membres

La décision d’Oettinger rencontre une certaine opposition dans les États membres. Le ministre autrichien des Finances, Gernot Blümel, a déclaré à Bruxelles que si les recettes diminuaient, l’UE devrait tout simplement réduire ses dépenses. Blümel a certainement raison: à une époque où les priorités politiques de l’UE sont de plus en plus scrutées par la population, il n’est pas judicieux d’éviter toute forme de discipline budgétaire. Le Premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen, écrit sur Twitter: «La Commission a proposé un budget pour 28 États membres. Mais nous ne sommes que 27 États pour le financer. Une UE plus petite doit aussi nous mener à un budget plus petit.»

Ces chefs de gouvernement ont raison: l’Union européenne n’est pas en manque de fonds (notamment au vu de la croissance actuelle) et n’aura pas besoin d’un tel budget pour les six ans à venir. Cela apparaît dans les dépenses Erasmus, comme par exemple les 12 millions d’euros octroyés pour l’achat de billets Interrail à des jeunes de 18 ans: les dépenses de l’Union européenne sont tout à fait cosmétiques et ne méritent pas la confiance des contribuables. L’augmentation du budget de la commission Juncker est un signal politique en vue du Brexit: Bruxelles veut montrer qu’en dépit de la sortie du Royaume-Uni, l’Europe est unie et déterminée à centraliser encore plus les pouvoirs. Mais est-ce vraiment le cas?

Des électeurs de plus en plus mécontents

Les élections en Italie arrivent comme un coup de tonnerre dans les bureaux de la Commission. Pendant qu’elle lance des questionnaires en ligne sur le futur de l’Europe, les électeurs se montrent de plus en plus mécontents avec l’Union européenne. La montée du AfD en Allemagne, la réticence de la Pologne à coopérer avec Bruxelles, le positionnement de Viktor Orbán en Hongrie, la montée du parti anti-immigration en Suède... La liste est longue.

Et non, nous ne pouvons pas agir comme si cette montée de partis anti-establishment était un phénomène d’une population non éduquée et pauvre, ou comme si le fait qu’Emmanuel Macron prétend être le roi de l’Europe nous exempte d’écouter ceux avec qui on n’est pas d’accord. Et surtout, il ne dérive pas de sagesse de savoir que ces mouvements se nourrissent d’une Union européenne trop intégrée, et que par conséquent, nous intégrons encore plus. La croyance que nous pouvons appliquer toujours les mêmes solutions, en nous attendant à des résultats différents, est, d’après Einstein, la définition de la folie.

L’Union européenne dans une phase décisive

Au lieu de créer encore trois comités de plus, ou davantage d’agences, de programmes Erasmus+ ou d’événements pro-UE financés par le contribuable, il faudrait se questionner sur l’efficacité des mesures. Est-il efficace que nous entretenions un haut-commissariat de la politique étrangère, même si nous n’avons pas de politique étrangère commune? Est-il nécessaire d’avoir 28 commissaires? Est-il nécessaire de dépenser plusieurs milliards d’euros pour l’autopromotion de l’Union européenne? Et surtout: est-il nécessaire d’augmenter le budget, juste pour montrer à Londres que nous sommes forts?

L’Union européenne se trouve dans une phase décisive. Bruxelles peut décider d’intégrer plus, de centraliser plus et de prétendre que «plus d’Europe» nous rendra plus «Européens». Elle peut également continuer de prétendre que tous ceux qui critiquent cette expansion de structures politiques sont des méchants extrémistes anti-progrès rétrogrades. Mais Bruxelles devra aussi assumer ses responsabilités, quand ce ne sera plus une minorité, mais une majorité qui ne sera plus prête à supporter cette spirale de dépenses et d’auto-confirmation politique.

Si l’Union européenne veut vraiment un avenir politique, elle faudra agir de façon plus modeste.