Théâtre

Fractures sociales

06 Février 2015 Par France Clarinval
Trois acteurs poignants pour une pièce non moins forte. (Photo: Christian Klein)

Le thriller est un genre généralement délaissé par les auteurs de théâtre. Dennis Kelly y excelle avec «Orphelins», une pièce profondément troublante et à l’humour très noir à voir sur la scène du Théâtre du Centaure.

Helen et Danny dînent en tête à tête quand Liam, le jeune frère d’Helen fait irruption dans leur salon. Il est essoufflé et hagard, sa chemise est tachée de sang. Il prétend avoir secouru un gamin pakistanais, victime d’une agression dans le quartier. Mais au fil des questions posées par sa sœur et son beau-frère, Liam n’arrête pas de changer son récit. Que s’est-il vraiment passé? Ainsi débute une des pièces les plus saisissantes de ces dernières années. Pièce choc, unanimement accueillie par le public et la critique la saison dernière.

Rare auteur dramatique à s’essayer au genre du thriller pourtant propice à un récit captivant et à un portrait sans concession de la nature humaine, Dennis Kelly dépeint dans ses pièces la violence du monde urbain contemporain. «Orphelins» exprime ainsi nombre des fractures qui divisent nos sociétés: la force des solidarités individuelles face à la fragilité de la morale collective, l’intimité familiale opposée au «monde de la rue», le sentiment d’appartenance à une communauté et la xénophobie, la protection de soi et l’oppression de l’autre désigné indésirable.

La mise en scène de Marja-Leena Junker et les trois interprètes, Myriam Muller, Jules Werner et Mathieu Moro offrent un travail efficace, fort et très incarné qui sert parfaitement l’écriture aiguisée, saccadée qui prend aux tripes. 

Le 8 février à 18h30 au Théâtre du Centaure.

Également les 10, 11 et 13 février à 20h et le 12 février à 18h30

www.theatrecentaure.lu