Chronique des chefs économistes

Crise italienne

03 Juin 2018 Par Stefan Van Geyt (KBL epb)
Stefan Van Geyt KBL epb
Stefan Van Geyt: «Il est vite devenu évident que leurs plans allaient placer l’Italie sur une trajectoire de collision avec l’Europe.» (Photo: KBL epb)

Tout d’un coup, les tensions politiques reviennent en force dans la zone euro, alors même que la Banque centrale européenne tente de préparer sa sortie tant attendue de l’assouplissement quantitatif.

Tout a commencé lorsque le Mouvement 5 étoiles et la Ligue du Nord sont parvenus à un accord pour former un nouveau gouvernement en Italie. Bien que les deux partis aient édulcoré leur discours anti-européen et anti-euro à l’approche des élections, il est vite devenu évident que leurs plans allaient placer l’Italie sur une trajectoire de collision avec l’Europe. 

Leurs projets d’impôt uniforme de 15%, de réforme des pensions et de revenu de base devraient coûter 100 milliards d’euros à un État italien déjà lourdement endetté, ce qui se traduirait par un déficit budgétaire proche de 5% du PIB l’an prochain, un chiffre de toute évidence incompatible avec le ratio dette/PIB élevé du pays (131,8% en 2017) et les plans de convergence budgétaire de l’Europe. 

Mattarella considère qu’il est de son devoir constitutionnel de maintenir l’Italie dans la zone euro.

Stefan Van Geyt, group CIO de KBL epb

Lorsque la nouvelle coalition a sollicité la BCE pour qu’elle annule la dette à hauteur de 250 milliards d’euros, sa demande a rapidement été rejetée par les fonctionnaires européens – l’un d’entre eux la comparant à celle d’un adolescent demandant une Ferrari pour Noël. Mais à ce moment-là, il était déjà trop tard pour minimiser les dégâts causés sur les marchés. 

La crainte des investisseurs s’est révélée justifiée: à peine désigné, le Premier ministre Giuseppe Conte, un professeur de droit jusqu’alors inconnu, a brusquement démissionné suite au rejet par Sergio Mattarella, le président italien, de Paolo Savona, un eurosceptique de 81 ans, au poste de ministre des Finances. Mattarella considère qu’il est de son devoir constitutionnel de maintenir l’Italie dans la zone euro et donc de respecter les contraintes budgétaires. Le refus de Mattarella d’accepter Savona comme ministre des Finances et la décision du président de la Ligue du Nord et du leader du Mouvement 5 étoiles de ne pas présenter un candidat plus modéré ont ouvert la voie à une véritable crise constitutionnelle.

La crise s’est résolue par un accord conclu la nuit dernière. Le nouveau gouvernement antisystème, dirigé finalement par le Premier ministre démissionnaire Giuseppe Conte, comptera en ses rangs Matteo Salvini, au poste de ministre de l’Intérieur, et Luigi Di Maio à la tête du développement économique. 

Le souvenir de l’élection du gouvernement populiste Tsipras en Grèce et du conflit qui avait suivi avec l’Europe reste bien présent dans les mémoires.

Stefan Van Geyt, group CIO de KBL epb

Pendant ce temps, le mouvement de vente massive des bons du Trésor italien se poursuit sans relâche, les «spreads» ayant rapidement atteint le  double du niveau atteint il y a à peine un mois. La situation pourrait devenir incontrôlable, l’effet combiné d’une dette élevée, d’une croissance lente, d’une insécurité politique majeure et d’une augmentation des «spreads» pouvant s’avérer extrêmement toxique. 

Le souvenir de l’élection du gouvernement populiste Tsipras en Grèce et du conflit qui avait suivi avec l’Europe reste bien présent dans les mémoires. Cette fois-ci, il s’agit de la troisième économie européenne et d’une montagne de 2.200 milliards d’euros de dettes qui est beaucoup trop importante pour être absorbée en cas de créances irrécouvrables. En outre, la BCE est sur le point de réduire son programme d’achat d’obligations, supprimant ainsi la dernière source de soutien aux bons du Trésor italien.