Art contemporain

Contrastes taïwanais

15 Mai 2015 Par Céline Coubray
Fujui Wang, Electromagnetic Soundcape, 2012. (Photo: DR)

Le Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain ouvre samedi 16 mai l’exposition «Phantom of Civilization» s’articulant autour du travail de trois artistes taïwanais. Une exposition marquée par une grande poésie et de belles œuvres à découvrir.

L’histoire de cette exposition remonte à quelques années. Tout commence avec l’artiste Hong-Kai Wang qui avait eu la résidence au Casino en 2010 et qui fut invitée par la suite par la commissaire Amy Chang pour le pavillon taiwanais à la Biennale de Venise. À cette occasion, Amy Chang demande à Kevin Muhlen, directeur artistique du Casino, d’écrire un texte sur son travail. C’est alors que s’est mis en place un échange entre les deux commissaires, échange d’idées, de réseaux, de connaissances et d’expositions. Dans un premier temps, ce sont les artistes luxembourgeois Gast Bouschet et Nadine Hilbert qui ont été invités au Cube Project Space, centre d’art que dirige Amy Chang à Taipei. Vient maintenant la seconde étape, celle de la présentation d’artistes taiwanais au Luxembourg.

Fujui Wang, Chi-Tsung Wu et Goang-Ming Yuan sont les trois artistes invités pour «Phantom of Civilization», une exposition co-curatée par Kevin Muhlen et Amy Chang. Loin des clichés d’une technologie high-tech et d’un art marqué par une culture «pop» asiatique, les œuvres qui nous sont données à voir au Casino sont d’une grande poésie et d’une densité qui porte à la réflexion constructive. Chaque artiste a la possibilité d’investir une salle par œuvre présentée, laissant ainsi aux visiteurs l’occasion de s’immerger pleinement dans les travaux qui aspirent à la contemplation.

Trois univers complémentaires

Fujui Wang est un des pionniers du son expérimental. Il possède son propre label noise et n’hésite pas à se produire lors de performances, comme le soir du vernissage au Casino, samedi 16 mai à 18h30. La ville de Taipei est son terrain de jeu. À Luxembourg, il présente une installation que les visiteurs peuvent activer: muni d’un petit boîtier, il faut parcourir une structure métallique géométrique accrochée dans l’espace pour découvrir les différents sons de la métropole (bus, métro, bribes de conversation, mais aussi tout un tas de sons que l’on n’identifie pas). Dans une autre salle, c’est une forêt de lumières suspendues qu’il est possible de traverser. À chaque fois qu’une lumière s’allume, elle provoque un grésillement qui est amplifié à travers un mini haut-parleur. Paysage sonore d’une forêt artificielle.

Dans la grande salle de l’étage, on est captivé par la grande projection immersive de Goang-Ming Yuan. Dans cette vidéo, il interroge la notion de «maison». Tournée l’année où il a eu à la fois le bonheur de voir naître son premier enfant, mais aussi la douleur de perdre son père, l’artiste interroge ses racines, creuse son passé chinois, tout en devant faire face à sa réalité et la (re)construction de sa propre maison. Le tournage est réalisé à l’aide de trois caméras qui nous permettent d’être immergés dans l’image et de nous plonger pleinement dans cette quête identitaire qui n’est à aucun moment pesante. Il faudra également prendre le temps de voir ses deux autres vidéos qui pourraient avoir comme point commun l’ambiguïté et l’inconfort, domestique pour l’une, sociétale pour l’autre.

Enfin, ne ratez surtout pas les œuvres de Chi-Tsung Wu qui opèrent une liaison fructueuse entre monde moderne et traditions anciennes. Ayant étudié la calligraphie chinoise traditionnelle et l’art vidéo, Chi-Tsung fait la synthèse de ces deux pôles d’intérêt. Grâce à des médiums techniques (la projection, l’enregistrement, la lumière, le plastique), il construit des œuvres marquées par une approche tout orientale, empreinte de traditions chinoises. Il essaie de trouver un équilibre entre ces différentes lignes de force, ces influences, et créer des espaces en changement perpétuel, aux moyens finalement low-tech qui ouvrent des espaces denses et légers à la fois. À travers ses œuvres, on ressent les différentes influences que reçoit ce pays, et qui proviennent de Chine, du Japon et des États-Unis.

Cette exposition témoigne d’un art taïwanais marqué par une grande sensibilité, comme autant de paysages à parcourir, dans une société où la technologie est omniprésente, mais sait se faire discrète, n’hésite pas à triturer ses racines culturelles, invite à une contemplation méditative contre une consommation de masse. Un beau moment à partager ou à découvrir seul.

Vernissage samedi 16 mai de 17h à 20h. Jusqu’au 6 septembre 2015.