Carte blanche

Au nom du pluralisme de la presse

26 Septembre 2018 Par Mike Koedinger (Fondateur et président de Maison Moderne)
L’évolution du taux de pénétration des médias luxembourgeois concerne la TV, radio, presse quotidienne, presse hebdomadaire, ainsi que Paperjam, sur base de la population résidente de +12 ans (médias audiovisuels) et +15% (médias imprimés). Source: TNS Ilres Plurimedia 2008/2009 vs TNS Ilres Plurimedia 2018.II. Les frontaliers ne font pas partie de l’étude Plurimedia. (Illustration: Maison Moderne)

Lorsque le 9 décembre 2014, le Premier ministre et ministre en charge des médias, Xavier Bettel, arrivé au pouvoir un an plus tôt, annonce que «le gouvernement élaborera, au cours de l’année suivante, une réforme du système de l’aide à la presse», il ne s’attendait pas au «shitstorm» qu’il allait déclencher auprès de la profession. Enfin, pas auprès de toute la profession, mais auprès des éditeurs de journaux et d’hebdomadaires. Bref, auprès de ceux qui se partagent cette subvention depuis 1976.

Bettel avait annoncé, dans la logique de la stratégie transministérielle de Digital Lëtzebuerg, que le gouvernement allait considérer la presse en ligne dans cette nouvelle aide, sans pour autant en augmenter le budget total. Les acteurs traditionnels se sentaient menacés, car la loi de Gaston Thorn, pour «maintenir la diversité dans la presse d’opinion», a été, au cours de 40 ans, détournée, pour finalement distribuer 75% de cette «aide à la diversité» à seulement deux groupes médias.

Si le secteur est sous pression, la démocratie l’est tout autant.

Mike Koedinger, fondateur et président de Maison Moderne

Oui, l’industrie de l’information est sous pression. Son modèle économique est révolu (créer de l’audience pour la monétiser chez l’annonceur), son lectorat quitte le print payant pour le web gratuit (avec 50% de parts de marché rien que pour le duopole Facebook-Google, qui encaisse, en plus, 89% de la croissance annuelle du marché de la publicité en ligne) et les métiers de l’information subissent une perte de confiance (due notamment aux fake news et à la manipulation des masses par les algorithmes des médias sociaux).

Si le secteur est sous pression, la démocratie l’est tout autant. Pour les États, il s’agit de continuer à garantir le pluralisme de la presse et s’engager pour un journalisme indépendant et de qualité, notamment en favorisant la transformation digitale des entreprises médias et en encourageant l’éducation aux médias.

Aujourd’hui, à deux semaines des élections législatives, le gouvernement Bettel-Schneider-Braz dispose enfin d’un avant-projet de loi «sur la promotion du pluralisme des médias professionnels de l’information». Certes, le texte n’est pas parfait, mais c’est un vrai progrès stratégique pour la profession. Il est axé autour de quatre nouveautés significatives. 

D’abord, il supprime la discrimination de la presse en ligne par rapport à la presse imprimée. Ensuite, il favorise la qualité (recruter des journalistes) à la quantité (volume de pages produites). Puis, il s’ouvre à de nouvelles langues (le portugais et l’anglais) et rend éligible la presse mensuelle (un format du futur).

L’industrie de l’information a besoin de cette loi.

Mike Koedinger, fondateur et président de Maison Moderne

L’avant-projet de loi est là. Il a été dit qu’il passerait encore au conseil des ministres avant le scrutin du 14 octobre. Si Xavier Bettel et son gouvernement marqueront ainsi l’histoire des médias au Luxembourg, la responsabilité finale reviendra pourtant aux prochains gouvernement et parlement.  

L’industrie de l’information a besoin de cette loi, car elle va accompagner les entreprises médias dans leur transformation digitale. Sans cette transformation, les audiences continueront leur chute libre. Ce sera la fin du pluralisme.