CHRONIQUE DES CHEFS ÉCONOMISTES

Asie 4.0

25 Février 2018 Par Stefan Van Geyt (KBL epb)
Stefan Van Geyt
«Si cette croissance émane avant tout de la Chine et de la Corée du Sud, tout ne gravite pas seulement autour des grands groupes implantés dans ces pays», insiste Stefan Van Geyt. (Photo: KBL epb)

Chaque semaine, Paperjam vous propose un regard de chefs économistes d’institutions bancaires et financières sur l’actualité des marchés et de l’économie. Stefan Van Geyt, Group CIO au sein de KBL European Private Bankers, évoque cette fois le marché technologique asiatique.

De Mumbai à Séoul en passant par Beijing, il est important que les investisseurs prennent conscience de l’ascension des entreprises technologiques asiatiques.

Ces entreprises récoltent de plus en plus les fruits de leurs lourds investissements en recherche et développement. En plein essor et extrêmement rentables, elles bousculent les codes établis et sont à la conquête de l’économie numérique mondiale.

Si cette croissance émane avant tout de la Chine et de la Corée du Sud, tout ne gravite pas seulement autour des grands groupes implantés dans ces pays. L’Inde, par exemple, est très en avance dans le domaine de la technologie financière. Aux côtés des services bancaires traditionnels, dont le conseil automatisé, certains acteurs proposent à leurs clients une boutique en ligne qui permet d’acheter n’importe quel article depuis n’importe où, tous les paiements étant gérés par l’intermédiaire de leur propre plateforme électronique.

En outre, la percée des entreprises asiatiques au sein de l’économie numérique ne doit pas occulter les autres domaines d’avancées technologiques dans lesquels elles s’illustrent. La Chine est par exemple à la pointe des énergies de substitution, y compris en matière de production d’énergie solaire et éolienne. Fin 2016, le pays représentait 26% de la capacité installée d’énergie solaire à l’échelle mondiale et 31% de la capacité éolienne. 

Les individus qui composent la classe moyenne asiatique sont beaucoup plus jeunes et maîtrisent mieux les technologies.

Stefan Van Geyt, Group CIO (KBL epb)

Naturellement, certains facteurs démographiques entrent ici en jeu: la Chine est déjà la nation la plus peuplée au monde, et l’Inde comptera quatre fois plus d’habitants que les États-Unis d’ici à 2030. Mais l’expansion de la classe moyenne au sein des marchés émergents est un facteur beaucoup plus important que la croissance globale de la population.

On prévoit que, d’ici à 2020, la moitié de la classe moyenne à l’échelle mondiale vivra dans les marchés émergents et que ce chiffre atteindra les deux tiers d’ici à 2030. Autrement dit, il a fallu 10 ans pour que la population de la classe moyenne augmente d’un milliard d’individus au sein des marchés émergents, mais il pourrait suffire de six ans pour y ajouter un milliard de plus.

La classe moyenne en Asie se distingue de celle des pays occidentaux à de nombreux égards: les individus qui la composent sont beaucoup plus jeunes et maîtrisent mieux les technologies. Dans les villes asiatiques, les professionnels sont rivés jour et nuit à leurs smartphones et utilisent des systèmes de paiement. Les services mobiles sont plus qu’une simple application pratique pour ce segment de la population: dans la mesure où, dans les régions éloignées de la Chine ou de l’Inde, l’agence bancaire la plus proche peut se trouver à de nombreux kilomètres, l’utilisation d’applications mobiles est nettement plus logique.   

Malgré la sensibilisation croissante des investisseurs aux géants chinois du commerce électronique, l’hypothèse selon laquelle les entreprises asiatiques du secteur de la technologie restent des acteurs mineurs par rapport aux mastodontes américains continue de prévaloir. Mais à la vitesse à laquelle les sociétés asiatiques rattrapent leur retard, il sera bientôt impossible de les ignorer plus longtemps.