Chronique des chefs économistes

Anticipations macroéconomiques

27 Mai 2018 Par Fredrik Skoglund (BIL)
Fredrik Skoglund Bil
Fredrik Skoglund: «Les chiffres de l’indice global des directeurs d’achat ont reculé de niveaux élevés, mais ils reflètent toujours une économie mondiale en phase d’expansion.» (Photo: Banque internationale à Luxembourg)

Chaque semaine, Paperjam vous propose un regard de chefs économistes d’institutions bancaires et financières sur l’actualité des marchés et de l’économie. Fredrik Skoglund, chief investment officer à la Bil, se penche aujourd’hui sur la croissance économique mondiale et passe en revue la situation de plusieurs grandes économies.

Pour le deuxième trimestre, notre scénario macroéconomique laisse entrevoir une poursuite de la croissance économique mondiale, mais à un rythme moins soutenu qu’en 2017. Après une hausse généralisée, les chiffres de l’indice global des directeurs d’achat (un indicateur majeur de la santé économique) ont reculé de niveaux élevés, mais ils reflètent toujours une économie mondiale en phase d’expansion. Seule la Corée chute en dessous de 50, un niveau considéré comme la frontière entre expansion et contraction de l’économie.

Aux États-Unis, la croissance du PIB est ressortie à 2,3%, dépassant ainsi les 2% escomptés au T1, tandis que celle des investissements des entreprises affichait un taux robuste de 7,3%. La baisse d’impôts de 1,5 milliard de dollars décidée par Trump a offert aux entreprises américaines un supplément de trésorerie dont la majeure partie devrait être investie dans des activités qui vont donner un coup de pouce à la productivité. Au premier trimestre, les entreprises du S&P 500 ont affiché un spectaculaire taux de croissance de leur BPA de 24%. 

Alors que nous sommes entrés dans les phases les plus avancées du cycle aux États-Unis, nos analystes ont procédé à une étude approfondie des taux d’endettement et de défaut de paiement pour ausculter la santé financière des entreprises et des consommateurs américains. Pour le moment, ils n’ont repéré aucun signe annonciateur de problèmes imminents. En fait, les États-Unis sont dans une phase de désendettement et, en pourcentage du PIB, la dette a diminué de 531% à 481% au cours de la dernière décennie. Parallèlement, l’inflation converge vers la cible fixée à 2% par la Fed, mais comme Robert Kaplan, président de la Fed de Dallas, l’a récemment expliqué, ce n’est pas un «sauve-qui-peut» qui suggérerait une surchauffe de l’économie. Vu l’excellente forme de l’économie américaine, la Fed va probablement rester sur la voie d’une hausse des taux à un rythme progressif – deux autres relèvements sont prévus en 2018.

La rhétorique de guerre commerciale actuelle pourrait continuer à ébranler la confiance des entreprises.

Fredrik Skoglund, chief investment officer à la Bil

L’Europe a été lente au démarrage en 2018, mais la BCE a souligné qu’à son avis, rien ne dit que cela soit un signe annonciateur d’une dégradation. En effet, des facteurs temporaires tels que des événements météo extrêmes, des grèves en France et des contraintes de capacités dans les chaînes d’approvisionnement ont pesé sur la confiance, mais il semble que le flux de nouvelles négatives touche désormais à sa fin. Toutefois, la rhétorique de guerre commerciale actuelle pourrait continuer à ébranler la confiance des entreprises tant que les intéressés n’auront pas mis tous les éléments sur la table. Néanmoins, la BCE a toujours l’intention de sevrer petit à petit l’économie de son programme d’assouplissement quantitatif massif. La fin des rachats d’actifs devrait être reportée de septembre à décembre, mais nous attendons des communications officielles à ce sujet d’ici juin ou juillet.

Au Japon, la croissance est toujours au rendez-vous, avec des statistiques en matière d’échanges et d’investissements qui laissent augurer un solide rebond de la production industrielle. Le fait que la Banque du Japon continue à souligner la nécessité de puissantes mesures d’assouplissement monétaire ainsi que la récente faiblesse du yen créent un environnement propice pour les investisseurs en actions japonaises. Toutefois, l’incertitude politique mine quelque peu l’optimisme, dans la mesure où Shinzo Abe devra se lancer en septembre dans une course au leadership dont l’issue s’annonce de plus en plus incertaine.

La politique américaine menace d’influencer des facteurs dont l’impact sur les marchés émergents est considérable.

Fredrik Skoglund, chief investment officer à la Bil

Quant aux marchés émergents, leur horizon semble s’assombrir: la politique américaine menace d’influencer les prix du pétrole, les taux américains et les flux commerciaux, autant de facteurs dont l’impact sur les marchés émergents est considérable. Ceci dit, l’économie chinoise résiste bien et le pays enregistre des progrès dans la résolution de ses défis structurels, la stabilisation de sa dette par rapport au PIB et le rééquilibrage en faveur de la consommation.

En somme, si la croissance a atteint des sommets en 2017, les grandes économies vont continuer à croître tout au long de 2018, mais elles emprunteront une voie moins rapide.