Guy Hoffmann (Président de l’ABBL)

Vers «l’émergence d’un nouveau type de frontaliers»

13 Juillet 2018 Interview par Jean-Michel Hennebert
Pour Guy Hoffmann, président de l’ABBL, «beaucoup de décisions liées au Brexit seront prises au cours des 6 à 12 prochains mois». (Photo: Mike Zenari)

Signataire aux côtés des syndicats de la nouvelle convention collective du secteur bancaire, le président de l’ABBL évoque tour à tour les conséquences de la transposition de la directive PSD2 et les conséquences du Brexit sur la Place.

Monsieur Hoffmann, le document de 44 pages que vous avez signé jeudi correspond-il finalement aux attentes évoquées au cours des 18 mois qu’ont duré les négociations?

«Je suis très content de cette convention et cela ne me gêne pas que cela ait pris tout ce temps, car cela démontre que les différents acteurs ont pris au sérieux ce qu’ils souhaitaient défendre. Il faut aussi rappeler que ce que nous avons élaboré n’est rien d’autre qu’une toute nouvelle convention, et pas uniquement la reconduction de ce qui était en place depuis des décennies. Ce texte met l’accent sur le duo rémunération/compétences et sur la formation, qui reste la clé pour l’employabilité de nos salariés à l’avenir, car des postes vont disparaître et d’autres vont être créés en lien avec la digitalisation. Les nouveaux métiers seront totalement différents, d’où la nécessité d’accompagner ceux qui n’ont pas cette formation très prononcée dans cette direction et leur donner les moyens de suivre ce nouveau rythme.

La directive PSD2 a été transposée cette semaine en droit luxembourgeois. Quelles sont les suites concrètes à attendre pour les établissements bancaires?

«Cette directive a longtemps été sous-estimée pour ce qui est de son impact sur notre secteur, car les Facebook, Amazon et les autres avaient un lobbying très fort et étaient parvenus à se greffer sur des plates-formes de paiement qui avaient été longuement développées par les banques, au prix d’importants investissements. Ils avaient donc réussi à prendre le train sans prendre le moindre ticket. Face à cela, nous avons pris différentes initiatives, dont celle initiée par cinq banques qui ont mis sur pied Luxhub, la plate-forme utilisée pour la directive PSD2. Cet outil commun donne quand même aux banques de la Place non pas une certaine protection, mais une certaine longueur d’avance pour faire face aux géants qui se positionnent.

En ce qui concerne le Brexit, le gouvernement de Theresa May a publié jeudi son «white paper», texte qui doit servir de base aux futures négociations avec l’UE. Outre la venue de JP Morgan, Citi et Northern Trust, d’autres arrivées sont-elles prévues à ce jour?

«Je ne suis pas au courant de la venue d’une quatrième banque, mais je sais qu’il y a des échanges et des discussions en permanence. Beaucoup de décisions seront prises, selon moi, au cours des 6 à 12 prochains mois, mais il ne faut pas s’attendre non plus à des vagues énormes de délocalisation. Ceux qui viennent au Luxembourg sont intéressés par l’‘asset management’, la gestion de fonds. Et d’ailleurs, pour la plupart, ils sont déjà là, ce qui fait que la décision qu’ils vont prendre consistera à accroître leur substance au Luxembourg.

Je pense que le chiffre total de 3.000 personnes avancé par Nicolas Mackel, CEO de Luxembourg for Finance, reste un ordre de grandeur beaucoup plus réaliste que celui évoqué il y a deux ans et qui faisait état de l’arrivée de 40.000 nouveaux salariés. À noter qu’en fonction des réglementations qui seront mises en place au niveau de l’‘outsourcing’, une option possible pourrait être la présence de personnes qui feraient de nombreux allers-retours entre la City et la Place, car l’écosystème londonien, comme celui du Luxembourg, exige la présence de certaines qualifications. Et donc, cela pourrait aboutir à l’émergence d’un nouveau type de frontaliers.»