Keith O’Donnell (Managing partner Atoz Luxembourg)

«Une certaine pudeur face à l’argent est positive»

24 Octobre 2017 Interview par Jonas Mercier
Keith O'Donnell, Managing Partner chez Atoz Luxembourg
«On a tendance à dire que les jeunes générations sont moins sérieuses, mais finalement on voit qu’elles ont bien saisi le lien entre le travail et la richesse», note Keith O’Donnell, managing partner chez Atoz Luxembourg. (Photo: DR)

Après la publication mardi d’un sondage sur le rapport des Luxembourgeois à l’argent, le managing partner d’Atoz, Keith O’Donnell, estime que les conclusions de cette étude devraient nourrir un débat plus ample sur la fiscalité.

M. O’Donnell, pourquoi avoir voulu lancer un sondage sur le rapport qu’entretiennent les Luxembourgeois avec l’argent?

«C’est avant tout par curiosité et envie de participer à un débat plus large. Depuis trois ans maintenant, nous publions des études dont le but est de mieux comprendre le Luxembourg et ses habitants. L’année dernière, nous avions cherché à savoir comment le pays était vu par ses voisins, et nous avions pu constater que l’image du Grand-Duché était positive, contrairement à ce qu’on peut lire dans la presse.

Le sondage de cette année n’était pas orienté et nous ne voulions pas qu’il prouve une thèse particulière. Mais sachant qu’on parle souvent d’argent, nous nous sommes dit qu’il serait intéressant d’en savoir plus à ce sujet. Il s’agissait donc d’une démarche purement intellectuelle.

Pour moi, le fait que les Luxembourgeois aient une certaine pudeur vis-à-vis de l’argent n’est pas une mauvaise chose. C’est une partie de notre culture qui est positive. Le modèle des pays nordiques, où la transparence est poussée à son extrême, ne collerait pas au Luxembourg ni à beaucoup d’autres pays d’ailleurs.

Il ressort de votre étude qu’une grande partie des résidents voudraient que les plus riches soient davantage imposés, mais peu ont une connaissance précise de la répartition des contributions. Est-ce une situation qui mériterait un débat selon vous?

«Il est en effet intéressant de voir que la plupart des personnes interviewées souhaitent augmenter le taux d’imposition pour les plus riches, mais qu’en même temps ils ne sont pas conscients qu’une grande partie des impôts est aujourd’hui payée par un nombre limité de personnes, qui se trouvent au sommet de la pyramide (10% de la population paient 50% des impôts, ndlr). Il est toujours facile de dire: ‘On peut imposer plus les riches, car ils ont les épaules larges.’ Mais nous vivons dans une Europe libre, et à trop chercher à pénaliser les plus gros revenus, on risque de les faire partir.

Le Luxembourg, en tant qu’État, doit rester concurrentiel. Nous nous basons sur un modèle de croissance continue et pour que cela fonctionne, il faut pouvoir attirer des talents et des capitaux. L’équilibre est donc délicat à trouver. Pour nous, les résultats de cette étude devraient alimenter le débat sur la fiscalité.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans les résultats de ce sondage, à titre personnel?

«C’est qu’une grande partie de la jeunesse est consciente que la clé de la réussite financière est de travailler dur. C’est encourageant. On a tendance à dire que les jeunes générations sont moins sérieuses, mais finalement, on voit qu’elles ont bien saisi le lien entre le travail et la richesse. Maintenant, sont-ils prêts à travailler dur pour devenir riches? C’est une autre question.»