Emmanuel Vivier (Fondateur du Hub Institute)

«Tout le monde devra se montrer agile»

18 Mai 2017 Interview par Jean-Michel Lalieu
Emmanuel Vivier
Emmanuel Vivier lance un message d’alerte à tous les chefs d’entreprise. (Photo: DR)

Ce jeudi soir, Emmanuel Vivier est l’invité du Paperjam Club. À l’occasion d’une conférence aux Rotondes, à Luxembourg-ville, «Monsieur Disruption» reviendra sur le phénomène de la transformation digitale qui impactera la grande majorité des entreprises dans un futur relativement proche.

Auteur du «Guide de la transformation digitale» en collaboration avec Vincent Ducrey, Emmanuel Vivier insiste sur les étapes à suivre pour transformer son entreprise et se retrouver parmi les gagnants de la révolution digitale. En guise d’apéritif, quelques questions succinctes tirées de la longue interview qu’il nous a récemment accordée et que vous retrouvez en intégralité dans le numéro de Paperjam actuellement en librairie.

Monsieur Vivier, qu’est-ce qui a induit cette «révolution digitale»?

«L’économie a vécu plusieurs changements en parallèle. Premièrement, un changement technologique lié à internet qui a permis de mondialiser les marchés et de connecter le consommateur. Celui-ci a désormais des comportements, des attentes qui sont en train de changer très fortement depuis l’avènement du mobile, des réseaux sociaux et de la vidéo. On a vu aussi apparaître les start-up, des acteurs mieux adaptés à cette mondialisation technologique rapide parce qu’elles sont nées avec et comprennent mieux comment surfer dessus. Ce sont plus des acteurs du logiciel que des industriels. Enfin, on doit tenir compte de géants comme Google, Apple, Facebook et Amazon – les Gafa – qui sont devenus des leaders mondiaux en quelques années à peine et sortent aujourd’hui de leur activité historique pour venir attaquer des business traditionnels. Celui qui ne prendra pas en compte ces changements qui s’additionnent risque de ne pas voir venir un nouveau concurrent ou un changement de marché ou de ne pas être assez rapide pour répondre à cette menace.

On parle beaucoup des risques d’uberisation. Est-ce que ça veut dire que toutes les entreprises doivent radicalement réfléchir à modifier leur business model pour rester en vie?

«Ce qui est drôle, c’est qu’Uber n’est sans doute pas le meilleur exemple d’uberisation. Que fait Uber? Exactement le même métier qu’une compagnie de taxis à Paris ou Luxembourg. Uber n’est qu’une centrale de réservation pour des chauffeurs indépendants. Mais au lieu que les demandes passent par une centrale téléphonique, elles le font via une application. Finalement, ils exercent toujours le même métier, mais en mieux grâce à l’utilisation de la technologie. En fait, on peut innover de deux manières: inventer un service pour répondre à un nouveau besoin ou utiliser la technologie existante pour répondre de manière différente à un besoin déjà connu. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que toutes les entreprises doivent s’interroger sur la nécessité de faire évoluer leur business. S’inquiéter qu’un des Gafa, le consommateur ou la technologie impacte leur chaîne de valeur.

Est-ce que dans chaque entreprise, la transformation digitale doit prendre la forme d’une révolution?

«En réalité, ce n’est jamais une révolution. Surtout pas en Europe où on tente toujours, heureusement, de préserver le personnel. En France, de grandes entreprises comme Axa, Orange ou Accor se sont lancées dans des grands plans de transformation sur 5 à 7 ans, mais sans véritablement savoir si tout va marcher ni à quoi ressemblera l’entreprise de demain. Elles ne s’attendent pas à avoir tout fini l’année prochaine, elles n’ont pas lancé une révolution où l’on coupe des têtes. Le but c’est d’emmener l’ensemble du personnel de l’entreprise à comprendre ce qui se passe dans le monde, dans leur industrie, dans leur entreprise et dans leur métier. Que chacun s’aligne sur la stratégie décidée par la direction et sache quelle sera sa responsabilité dans l’entreprise de demain. Tout le monde ne devra pas être expert du digital, mais en tout cas pouvoir se montrer plus agile, participer à l’innovation au sein de l’entreprise et être capable d’utiliser certains outils pour y parvenir.»