Jacques Elvinger (Associé - Elvinger Hoss Prussen)

«Nous devons assurer un sans-faute!»

30 Janvier 2018 Interview par Paperjam.lu
Jacques Elvinger
Jacques Elvinger: «Les acteurs luxembourgeois sont unanimes à regretter la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, car le Luxembourg perd un allié alors que, par le passé, le Royaume-Uni et le Luxembourg avaient, sur de nombreux points de discussion au niveau européen, des avis alignés.» (Photo: Elvinger Hoss Prussen)

La 6e édition de la conférence Cross-Border Distribution dédiée au marché des fonds d’investissement transfrontaliers s’ouvre ce mardi au Centre de conférence du Kirchberg. Jacques Elvinger (Elvinger Hoss Prussen) en assurera le mot d’ouverture aux côtés de Lou Kiesch (Deloitte). Il partage les défis du moment pour cette industrie.

Comment l’industrie luxembourgeoise des fonds peut-elle rester compétitive?

«La compétitivité du Luxembourg par rapport aux autres centres financiers à travers le monde ne peut être mise en doute. Un cadre légal et réglementaire qui répond aux besoins des acteurs de la gestion d’actifs où qu’ils soient établis dans le monde, une autorité de contrôle efficace qui assure la protection des investisseurs, mais qui en même temps est à l’écoute des besoins exprimés par l’industrie, des prestataires de services professionnels avec une expérience qui n’a plus à être prouvée, le tout dans un environnement économique et politique qui assure à la juridiction un AAA Rating, sont sans aucun doute des atouts forts pour assurer le maintien de cette compétitivité. D’un autre côté, une réglementation européenne de plus en plus contraignante et des jeux politiques de certains pays jaloux du savoir-faire et du succès du Luxembourg sont susceptibles de compromettre certains atouts historiques qui ont contribué au succès de la place du Luxembourg. La vigilance est donc de rigueur et il faut identifier les domaines dans lesquels nous pouvons continuer à nous différencier positivement par rapport aux places concurrentes. Je pense ici non seulement à l’innovation par de nouveaux produits et services, mais aussi à d’autres aspects qui ont fait la force du Luxembourg par le passé, tels que la transposition ponctuelle des directives européennes, un régime d’autorisation efficace, une fiscalité attrayante ou du moins pas pénalisante et un dialogue et échange efficace entre le gouvernement, le régulateur, les associations professionnelles et les acteurs de l’industrie. En d’autres mots, dans les domaines où nous restons maîtres chez nous, nous devons assurer un sans-faute!

Comment l’industrie vit-elle l’arrivée du Brexit?

«Depuis le vote du peuple du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne et surtout depuis la notification de Theresa May du 29 mars 2017 qui a arrêté la date prévisionnelle de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne au 29 mars 2019, les initiatives et démarches concrètes prises par les acteurs de la gestion collective et discrétionnaire établis au Royaume-Uni pour établir une présence ou renforcer leurs structures existantes au Luxembourg ont été nombreuses. Le Luxembourg bénéficie ici sans aucun doute des expériences positives faites par les acteurs déjà présents à Luxembourg alors que d’autres pays essaient d’avoir leur part du gâteau par la politique du tapis rouge. Les acteurs luxembourgeois sont unanimes à regretter la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, car le Luxembourg perd un allié alors que, par le passé, le Royaume-Uni et le Luxembourg avaient, sur de nombreux points de discussion au niveau européen, des avis alignés. Il est maintenant essentiel que les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne soient agencées de manière à permettre une continuation de nos bonnes relations avec le Royaume-Uni. Le Luxembourg doit œuvrer dans cette direction par tous ses moyens, même si ce n’est pas tâche facile de se faire entendre si les enjeux politiques des grands pays s’y mêlent. 

La conférence traitera des barrières qui freinent encore le secteur. Quelles sont celles qu’il faut faire ‘sauter’ en premier?

«Pour moi, indiscutablement, l’absence d’harmonisation de règles de commercialisation spécifiquement consacrées dans la Directive OPCVM et les freins à la commercialisation institués par certains pays, souvent abusivement, sur cette base est un des points sur lesquels une amélioration au niveau européen est indispensable. Il n’est pas normal que, dans un domaine aussi harmonisé au niveau européen que celui des OPCVM, les difficultés et les délais encourus avant de permettre la commercialisation diffèrent de manière aussi flagrante d’un pays membre à l’autre. Des documents supplémentaires, des contraintes de reporting locales sont quelques exemples illustratifs d’exigences supplémentaires sous l’argument des règles de commercialisation locales à respecter. La Commission européenne a pris des initiatives louables pour remédier à ce frein à la commercialisation et devrait encore davantage se concentrer sur ce genre de problèmes plutôt que de traiter des sujets comme celui de la délégation de la gestion qui fonctionne à merveille et sans accros depuis la mise en place de la Directive OPCVM en 1985.»