Benoît Majerus (professeur à l’Uni)

«L’histoire de la Place n’est pas seulement économique»

30 Juin 2017 Interview par Camille Frati
Benoît Majerus
Professeur à l’Uni depuis quatre ans après plusieurs années passées à l’ULB, Benoît Majerus dirige la section Histoire européenne du 20e siècle au sein du C2DH, officiellement constitué à l’automne 2016. (Photo: Georges Hausemer)

Le Centre d’histoire contemporaine et digitale (C2DH) organise jeudi prochain la quatrième édition de Forum Z, son rendez-vous destiné à susciter le débat autour de ses sujets de recherche. Avec cette fois un sujet encore inexploré par les chercheurs: l’histoire de la Place. Avant-goût avec Benoît Majerus, professeur à l’Uni et responsable de la section Histoire européenne du 20e siècle au sein du C2DH.

M. Majerus, pourquoi avoir consacré un Forum Z à la Place?

«L’objectif des Forum Z est de montrer au grand public sur quoi le C2DH aimerait travailler et d’entrer en contact avec les acteurs qui travaillent sur cette problématique. Concernant l’histoire de la place financière, il y a déjà eu quelques brochures, des commémorations lorsqu’une banque célèbre son anniversaire. Mais nous aimerions procéder de manière plus sérieuse, en croisant les sources, et en engageant plusieurs personnes sur la thématique. C’est nouveau pour l’historiographie luxembourgeoise. Et ce qui est intéressant, c’est qu’avec ce sujet luxembourgeois, on s’engage sur une discussion plus large au niveau européen, voire mondial, puisque la Place ne se réduit pas au Luxembourg.

Nous voulons aussi montrer à quelles difficultés sont confrontés les historiens qui doivent obtenir un accès aux archives, comprendre l’ingénierie financière. Et aussi montrer que l’histoire de la Place n’est pas seulement économique. Il y a l’histoire des gens – c’est d’ailleurs un domaine où les hommes sont encore très dominants -, l’histoire de l’urbanisme – l’installation de la Place sur le boulevard Royal et au Kirchberg a vraiment changé la ville, l’histoire politique et sociale. Ce sont des questions auxquelles on ne s’attend pas au premier abord.

Vous avez invité des intervenants d’envergure: Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini (consultante et administratrice indépendante), Luc Frieden (cabinet d’avocats Elvinger Hoss, ancien ministre des Finances), Thibaud Giddey (historien de la finance, Université de Lausanne) et Georges Heinrich (Banque de Luxembourg, ex-directeur du Trésor)… Qu’attendez-vous de ce prestigieux podium?

«Nous ne voulions pas inviter des ‘Vieux Sages’, des personnes qui ont quitté le secteur financier il y a quelques années et qui allaient raconter leur vie. Ce que nous avons essayé de faire avec Bernard Thomas (journaliste au Land et modérateur de la conférence, ndlr), c’est d’inviter des gens qui travaillent dans ce secteur et les confronter avec des sources, des archives, en leur demandant quelle histoire ils raconteraient. Et ils vont produire des histoires différentes en fonction de leur formation, de leur parcours. Nous leur présenterons par exemple un bilan de banque datant de 1974. En étant confrontés à des archives, ils produiront d’autres discours que ceux qu’ils ont déjà racontés de nombreuses fois.

Espérez-vous aussi alimenter vos recherches via cette conférence-débat?

«Nous pensons accueillir davantage de personnes du secteur financier dans le public. Comme c’est un milieu que nous ne connaissons pas, nous voulons faire connaissance et pourquoi pas retoquer à leur porte si ces personnes sont prêtes à raconter leur vie. Nous aimerions aussi discuter avec les banques pour obtenir un accès à leurs archives dans les conditions qu’elles définiront. Ce n’est certes pas leur première mission ni leur préoccupation. Le ministère des Finances dispose aussi d’archives après 1945, mais pas encore d’inventaire.

C'est de toute façon un projet pour lequel le C2DH va investir des moyens pour la prochaine décennie. Nous avons engagé un chercheur en histoire financière, un doctorant vient de commencer et deux personnes du CVCE travailleront sur ce sujet. Nous avons aussi introduit un projet sur l’histoire financière auprès du Fonds national de la recherche et La Luxembourgeoise nous paie un doctorant pendant deux ans. Nous espérons à terme arriver à 10 personnes pour ce projet.»

Forum Z: Glocal histories of finance, jeudi 6 juillet de 18h à 20h à la Banque de Luxembourg. Inscription sous ce lien.