Sven Clement (Clement & Weyer)

«Le Pen et Macron ont une stratégie ‘omnichannel’»

21 Avril 2017 Interview par Thierry Raizer
Selfie Macron
Sven Clement affirme ne pas être étonné du changement d'image des élections françaises. (Photo: Twitter)

Quelle place tiennent les réseaux sociaux dans la campagne présidentielle en France? Quelle stratégie a été la plus marquante? Sven Clement, spécialiste des réseaux sociaux et associé chez Clement & Weyer Consulting, nous livre son regard d’expert à deux jours du premier tour du scrutin.

Monsieur Clement, les réseaux sociaux ont-ils en quelque sorte supplanté les sondages dans cette campagne électorale?

«Je ne dirais pas supplanté car il existe toujours un cas d’usage pour les sondages, mais il est évident qu’avec une population utilisatrice des réseaux sociaux toujours plus représentative, les réseaux sociaux permettent de jauger plus rapidement des sentiments, mais aussi de les influencer. Donc ils permettent non seulement d’écouter en temps réel, mais aussi d’interagir.

Je pense que les sondages vont encore jouer leurs cartes sur des analyses à long terme et des analyses sociodémographiques de l’électorat après-coup, mais que les sondages ex ante d’une élection vont perdre de l’importance comme il n’est pas possible pour les candidats de réagir de la même façon aux sondés qu’aux internautes.

Les candidats ont particulièrement mis en scène leurs discours et propositions sur les réseaux sociaux. Est-ce l’avènement du storytelling en politique?

«Depuis 2008 avec l’élection de Barack Obama, nous avons vu apparaître de plus en plus de storytelling politique. Un bon exemple est peut-être la page ‘About’ de Macron qui ne répète pas seulement un CV, mais raconte une histoire.

Vu que je sais que certains candidats français se font conseiller par des experts américains, je ne suis pas étonné que les élections françaises changent d’image.

En ce qui concerne l’utilisation des réseaux sociaux pour partager leurs discours, idées et propositions, il est tout simplement nécessaire de parler à ces millions de personnes qui ne consomment que des actualités sur les réseaux sociaux, d’autant plus qu’il s’agit là d’une couche électorale qui était très difficilement joignable dans le passé.

Quels sont les candidats qui, en dehors des considérations politiques, vous ont impressionné dans leur stratégie digitale?

«Je dirais Le Pen et Macron. Les deux ont une vraie stratégie ‘omnichannel’ avec des appels à l’action très mis en avant sur leur site et dans leur communication. Évidemment, Le Pen peut s’appuyer sur un réseau de ‘alt-right’ européen qui lui permet de simuler une plus grande visibilité que si le FN devait le faire tout seul.

Ce qui m’a aussi plu d’un point de vue stratégique si pas par le contenu, c’était le #stopintox de Fillon et le #désintox de Macron. Un peu comme le ‘truth squad’ et le ‘rapid response’ de Hillary lors des élections américaines. Pour contrer des attaques, il s’avère nécessaire de le faire en utilisant les médias sociaux.



La campagne qui m’a le moins convaincu des ‘grands’ candidats, c’était Hamon. Il manquait exactement une campagne d’information désintox et des vrais outils digitaux.»