Isabelle Medinger (Directrice, Sécurité routière)

«Le dernier verre est devenu moins chic»

19 Décembre 2013 Interview par Thierry Raizer
Les comportements liés à l'alcoolémie au volant évoluent dans le bon sens selon Isabelle Medinger. (Photo: Licence CC)

Le ministère des Infrastructures et la Sécurité routière viennent de lancer la campagne de fin d’année sensibilisant aux dangers de l’alcool au volant. Un rappel utile avant des rendez-vous festifs. Trois questions à Isabelle Medinger, directrice de la Sécurité routière luxembourgeoise.

Mme Medinger, cette campagne fait-elle partie des rappels indispensables en fin d’année?

«Il s’agit clairement d’une campagne de rappel. Même si les comportements ont bien évolué ces dernières années, ce n’est pas une raison pour ne pas parler des dangers de l’alcool au volant qui peuvent se présenter plus particulièrement en fin d’année. D’habitude, nous menons notre campagne autour du thème de «Raoul» et de l’invitation à désigner un chauffeur qui ne boit pas mais vu que les anciens panneaux étaient en mauvais état, nous en avons profité pour décliner la thématique générale de l’alcool. Les premiers retours qui nous sont fournis nous indiquent que cet axe est porteur.

Comment peut-on décrire le changement de consommation de l’alcool que vous évoquiez?

«Beaucoup d’organisateurs de festivités ou de responsables de fêtes du personnel ont mis en avant le thème de la sécurité au volant. Nous enregistrons de plus en plus de demandes de location de notre mallette dite «Raoul» qui comprend des éthylotests correctement étalonnés, cela montre une certaine responsabilisation de la part des entreprises comparativement à la situation existante il y a dix ans. Avec cette sensibilisation et la nouvelle approche de l’alcool qui l’accompagne, c’est devenu moins chic de prendre le dernier verre pour la route. Chez les jeunes, l’automatisme d’élire un chauffeur qui ne boit pas fait de plus en plus partie de leur culture.

Cela ne veut pas dire que plus personne ne boit avant de prendre le volant. Nous avons tout de même comptabilisé 1716 retraits de permis immédiats en 2012. L’alcool au volant était aussi l'an dernier la cause présumée dans 255 accidents corporels, 21% des accidents avec blessés graves et 26% des accidents mortels.

La législation relative à la sécurité routière est-elle adaptée à la société de 2013 ou faut-il la revoir?

«Les sanctions reprises dans la législation et applicables sont suffisamment adaptées au contexte actuel. Ceci dit, nous constatons que la répression policière est clairement l’élément dissuasif qui fonctionne le mieux à l’égard de la consommation de l’alcool au volant. Les conducteurs qui consomment de l'alcool n’ont pas forcément peur ou ne sont pas conscients du danger qu’ils encourent ou qu’ils font courir aux autres mais le risque de se faire arrêter ou de recevoir une sanction a un pouvoir dissuasif. Cela ne veut pas dire que nous devons forcément renforcer les sanctions mais qu'il serait en revanche souhaitable d’augmenter le nombre de contrôles de police sur les routes.»