Jacques Bungert et Frédéric Torloting (co-directeurs, Courrèges)

«Le démarrage de notre activité internationale»

13 Décembre 2013 Interview par France Clarinval
Frédéric Torloting (à gauche): «Notre but est, à terme, d’ouvrir 20 boutiques en
Frédéric Torloting (à gauche): «Notre but est, à terme, d’ouvrir 20 boutiques en cinq ans.» (Photo: Arnaud Briand)

Ce mercredi s’est ouvert, Grand-Rue, la première boutique Courrèges hors de Paris. Les Messins Jacques Bungert, et Frédéric Torloting ayant repris la marque en 2011, voient ainsi la première étape de leur volonté d’expansion se réaliser.

Messieurs, vous avez longtemps œuvré dans le monde de la publicité. Pourquoi et comment s’intéresser à une marque de mode comme Courrèges?

Jacques Bungert: «Les débuts de l’histoire remontent à 2009. Frédéric Torloting et moi, avions signé un article qui allait à l’encontre des sirènes du moment qui disaient que les marques étaient en déclin. Au contraire, nous affirmions, et l’histoire nous a donné raison, que les marques fortes, avec une identité affirmée, une histoire, des produits iconiques étaient celles qui allaient perdurer, notamment face au commerce électronique.
Après la lecture de cet article, Coqueline Courrèges (la femme d’André qui a fondé la maison et en tient les rennes depuis 1994, ndlr), nous a contacté. Elle nous a raconté l’histoire de la marque, de la maison, des créations. Nous avons régulièrement discuté comment elle essayait de protéger Courrèges face à la copie, recentrer la marque pour valoriser son ADN…

Frédéric Torloting: «En 2011, elle nous a dit ‘j’ai trouvé un repreneur’. Devant notre interrogation pour savoir qui, elle nous a dit, ‘c’est vous’. Pour elle, comme pour André, qui vient de fêter ses 90 ans, il s’agissait d’une transmission, pas d’une reprise par des financiers qui allaient revendre le nom trois ans plus tard. Nous avions un devoir moral vis-à-vis de Courrèges.

Justement, cette marque est forte d’une histoire et d’une image. Comment définissez-vous la femme Courrèges?

Jacques Bungert: «Nous voyons dans la boutique de la rue François 1er des femmes des 25 ans qui viennent s’acheter leur première robe, comme celles qui ont connu la marque dans les années 60 et qui la voit revivre avec émotion. Notre cœur de cible, ce serait une femme de 35 à 50 ans, active, engagée, optimiste, élégante et sûre d’elle.

Frédéric Torloting: « Courrèges porte une certaine vision de l’élégance qu’il faut oser, la couleur, la structure… C’est une vision pop du luxe qui n’est pas dans l’ostentation. Une des valeurs que Coqueline et André nous ont transmises, c’est de défier les modes et les époques en prenant le temps de bien faire.

Notre équipe de designers ne se focalise pas sur des dates de défilés ou sur un nombre de collection par an. Ils travaillent les modèles, les font évoluer pour qu’ils progressent et deviennent meilleurs. Coqueline a mis sept ans à créer le parfum Empreinte… cela donne une idée de l’exigence qu’elle a toujours eu.

L’ouverture de cette boutique à Luxembourg présage-t-elle d’une plus large expansion ?

Jacques Bungert: «Cette ouverture est un grand moment pour nous. D’abord parce que nous sommes du coin, de Metz, et ce retour aux sources procure une grande émotion. Mais aussi parce que c’est le démarrage de notre activité internationale. Cette boutique a une valeur de laboratoire pour la suite puisque tout a été dessiné par nos équipes, y compris les meubles qui serviront de base pour la suite.

Frédéric Torloting: «Notre but est, à terme, d’ouvrir 20 boutiques en cinq ans. Cela peut paraître beaucoup, mais il faut se souvenir qu’à une époque, Courrèges comptait 180 enseignes dans le monde. Le développement européen devra voir assez rapidement Zurich, Düsseldorf et Bruxelles. Côté américain, nous avons un partenariat exclusif avec Sachs qui nous vend dans leurs grands magasins. C’est une bonne base pour aller plus loin et avoir des boutiques en propre. Il y aura aussi le Japon, où la marque est vendue sous licence et bénéficie d’une grande notoriété.»