Bruno Lanvin (Directeur exécutif des indices globaux à l’Insead)

«L’attractivité du Luxembourg n’a pas diminué»

23 Janvier 2018 Interview par Jonas Mercier
Bruno Lanvin
Bruno Lanvin: «La performance du Luxembourg n’a pas diminué en termes de variables, mais seulement au niveau du classement.» (Photo: Nader Ghavami / archives)

Alors que l’index mondial de la compétitivité des talents de l’Insead place cette année le Grand-Duché à la 10e position, derrière sept pays européens, Bruno Lanvin, l’un des coauteurs de ce rapport, décrypte la composition de ce classement.

Monsieur Lanvin, le Luxembourg se place cette année à la 10e position de votre index sur l’attractivité des talents. Il avait pourtant occupé pendant plusieurs années la 3e place. Comment expliquez-vous ce recul?

«La performance du Luxembourg n’a pas diminué en termes de variables, mais seulement au niveau du classement. Cela veut dire que d’autres pays ont augmenté leurs performances sur le domaine précis de l’attractivité des talents. C’est notamment le cas des pays scandinaves, et même des pays voisins du Luxembourg.

Il semblerait donc que cette descente dans le classement soit liée à l’établissement de priorités différentes du Grand-Duché par rapport à ces pays. Un certain nombre de défis liés à la taille du pays, à son positionnement géographique, ainsi qu’au rééquilibrage de la croissance, ont sans doute relégué en deuxième position la politique d’attractivité des talents.

Ce qui va se passer en France et en Allemagne va également avoir une grande importance pour l’utilisation des talents dans la région. Je pense par exemple aux frontaliers français et à la dynamique de l’industrie allemande.

La question de l’attraction des talents est-elle centrale pour la compétitivité des nations de demain?

«Je pense que cette question mérite d’être analysée pour au moins deux raisons. La première est de savoir quelles sont les compétences les plus menacées par les nouvelles technologies. Leur utilisation va-t-elle augmenter l’inégalité entre ceux qui seront exposés à la concurrence des robots et ceux qui en seront à l’abri? Ce thème soulève les problématiques de la mise en place d’un revenu minimal ou de la réforme du système de formation continue.

L’évolution du monde du travail nous oblige également à apprendre en permanence.

Bruno Lanvin, coauteur de l’index mondial de la compétitivité des talents

L’autre raison concerne la combinaison du travail des humains et des machines. Il faut chercher à connaître quels sont les talents que l’on n’a pas aujourd’hui, mais qui deviendront nécessaires demain. Il s’agit typiquement de compétences que le système éducatif doit donner aux élèves dès le plus jeune âge, à savoir la résolution des problèmes ou le fait de considérer que certaines matières ne devront pas être apprises par cœur, car elles évolueront. Nous allons dans un monde où ce n’est pas que la pression des robots qui va nous obliger à faire évoluer nos connaissances en permanence, mais aussi l’évolution du monde du travail.

Pour ces deux raisons, les pays doivent accélérer les évolutions dans leurs politiques d’attractivité et de développement des talents.

La publication de votre index a suivi de quelques jours celle d’une autre étude sur l’inclusion des économies, proposée par le Forum économique mondial. Ne pensez-vous pas que cette multitude de classements les rend tout simplement illisibles?

«Oui. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a trop de classements. Mais il faut considérer que la grande majorité de ces études ont une durée de vie de deux ou trois ans. Certains thèmes sont à la mode à un moment donné, puis disparaissent. Mais il est tout de même intéressant de regarder ceux qui survivent à la période critique de cinq ans. Cela ne signifie pas qu’ils sont bons, mais qu’ils sont utilisés.

Il y a un débat sur le ‘Doing Business’ de la Banque mondiale.

Bruno Lanvin, coauteur de l’index mondial de la compétitivité des talents

Il y a un débat sur le ‘Doing Business’ de la Banque mondiale. De grosses critiques ont été faites sur la façon dont il a été établi. Le fait est que sur le terrain, c’est l’indice qui est le plus utilisé au monde, qui a généré le plus de réformes fiscales, douanières, du commerce international, ou du droit des affaires au cours des 20 dernières années.»