Ineke Daans (Life strategy manager, PIAS)

«La promotion d’un artiste est une question de timing»

15 Novembre 2018 Interview par France Clarinval
Les musiciens doivent réfléchir avec leur entourage au bon calendrier de promotion. (Photo: Noah Fohl)

Invitée du Sonic Visions, Ineke Daans travaille depuis plus de 20 ans chez PIAS, éditeur et promoteur de musique indépendant. Elle donne des conseils sur le développement de carrière des artistes.

En poste depuis 23 ans chez PIAS, Ineke Daans a travaillé comme responsable de labels, de la gestion et la promotion des groupes, et du marketing international. Elle s’est occupée du développement international et de la stratégie de groupes comme Editors, Agnes Obel, Soulwax, Balthazar ou Vitalic. Désormais, c’est la scène qui l’occupe en tant que life strategy manager et responsable des PIAS Nites.

Elle participera à la table ronde «The artist’s best friend» qui s’intéresse à la promotion, la négociation et la gestion de carrière des musiciens pour comprendre ce dont un artiste a besoin pour développer sa carrière dans l’industrie musicale actuelle.

Vous avez une grande expérience de la promotion des artistes. Qu’avez-vous envie de transmettre lors de cette table ronde?

Ineke Daans. – «Par mon expérience, j’ai constaté qu’autour d’un artiste, chaque élément de son entourage est important. L’artiste lui-même et ses qualités propres bien sûr, mais aussi le manager, le label, le booker… Il faut que tout le monde parle d’une même voix et soit d’accord sur un projet réaliste, mais ambitieux pour l’artiste. Il y a un cycle et un rythme à respecter pour savoir quand investir, quand pousser la communication, quand sortir les disques ou faire un concert. Si les différentes personnes ne s’accordent pas sur le rythme, on risque de passer à côté de certains artistes.

Vous vous occupez notamment des PIAS Nites, quel constat en tirez-vous pour la promotion des artistes?

«Les PIAS Nites, ce sont quelque 150 dates de concerts un peu partout en Europe, rassemblant près de 250 artistes. Ces événements ont des dimensions très variables allant d’une centaine de spectateurs à des manifestations de 10.000 personnes. C’est un moyen très intéressant de mettre en avant des artistes à différents stades de leur carrière à travers des showcases courts, des soirées de sortie d’album plus ou moins confidentielle, des festivals, des premières parties… On mise parfois sur de l’‘underplacement’, des petites salles qui seront pleines et créeront le buzz. Là aussi, le calendrier est essentiel. Il ne faut pas envoyer un artiste faire un showcase dans un festival s’il n’est pas prêt, il faut qu’il soit suffisamment aguerri, qu’il ait une base de fans qui vont le suivre… Le showcase se fait généralement autour du premier album. Mais il n’y a évidemment pas de recette miracle.

La consommation de la musique a radicalement changé, notamment avec les plates-formes de streaming. Comment cela entre-t-il en ligne de compte dans la promotion d’un artiste?

«La consommation digitale change aussi bien l’économie que le rythme de la promotion. Encore faut-il s’accorder sur les termes: la notoriété n’est pas forcément synonyme de succès. Personne n’est bien rémunéré avec le digital, il faut donc utiliser les données de manière intelligente. Par exemple, un artiste peut comptabiliser des dizaines de milliers de vues et de fans, si on ne sait pas d’où ils viennent, c’est compliqué d’organiser une tournée probante. Les radios traditionnelles n’ont plus l’aura qu’elles avaient auprès des jeunes, il faut donc travailler d’autres canaux de promotion. C’est souvent plus long, plus difficile, mais aussi plus durable.»

Table ronde «The artist’s best friend», vendredi 16 novembre à 17h.

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