Benji Rogers (Dot Blockchain Media)

«La blockchain pour un suivi précis des chansons»

16 Novembre 2018 Interview par Jonas Mercier
Benji Rogers, cofondateur de Dot Blockchain Media.
«Je pense que du fait du volume de données et de la vitesse à laquelle elles circulent aujourd’hui, les technologies existantes seront très bientôt dépassées», estime Benji Rogers, le cofondateur de Dot Blockchain Media. (Photo: John Davenport)

Dans le cadre du festival Sonic Visions, le cofondateur de la plate-forme Dot Blockchain Media, Benji Rogers, parle de l’impact de la blockchain sur la traçabilité des chansons et donne sa vision sur l’avenir de l’industrie musicale.

Pouvez-vous nous décrire le concept de Dot Blockchain Media, la société que vous avez fondée en 2016?

«L’idée derrière Dot Blockchain Media est tout simplement de proposer une solution de gestion de données musicales. Aujourd’hui, on trouve tous types de fichiers médias sur internet, dans des formats très divers, tels que MP3, Wave ou Flac.

Ce que nous proposons est de créer une version DotBC de la chanson, sur laquelle on pourra inscrire tout un tas de métadonnées précises – à qui elle appartient, qui l’a écrite, qui la chante, etc. Nous allons ensuite lier les différentes versions médias de la chanson à ce fichier et l’intégrer dans notre blockchain.

Donner la possibilité aux différents acteurs de travailler ensemble sur un même espace partagé.

Benji Rogers, cofondateur de Dot Blockchain Media

De cette façon, il devient très facile d’inscrire cette chanson sur les différentes plates-formes de musique – Spotify, Youtube, Apple Music, etc. En utilisant la blockchain, nous allons pouvoir la suivre à la trace, tout en sachant quel est son historique. À l’heure actuelle, une chanson est enregistrée dans des centaines, voire des milliers de registres différents, qui ne communiquent pas entre eux.

Nous essayons de multiplier les partenariats avec les organismes qui gèrent les droits d’auteurs. L’idée n’est pas de remplacer les différents acteurs de l’industrie musicale, mais simplement de leur donner la possibilité de travailler ensemble sur un même espace partagé. Nous offrons simplement l’infrastructure technologique.

Les nouvelles technologies, et plus particulièrement la blockchain, sont-elles en train de disrupter l’industrie de la musique au même titre que les fintech disruptent l’industrie financière?

«Je pense que du fait du volume de données et de la vitesse à laquelle elles circulent aujourd’hui, les technologies existantes seront très bientôt dépassées. Et je vois la blockchain comme un moyen efficace de pouvoir assurer un suivi précis de la propriété des chansons.

En même temps, je ne pense pas que cette technologie soit aujourd’hui adaptée à d’autres utilisations, comme la gestion et le paiement des droits d’auteurs par exemple. Donc oui, la blockchain va fondamentalement disrupter la manière dont la propriété des chansons est gérée et la façon dont on pourra suivre son évolution. Mais pas pour autre chose pour l’instant.

Pensez-vous que les musiciens et les chanteurs peuvent espérer vivre plus aisément de leur travail grâce à la révolution technologique?

«C’est une question difficile. La majeure partie des artistes qui essaient de vivre de leur art aujourd’hui se situent dans deux situations différentes. Certains ne sont tout simplement pas suffisamment talentueux. D’autres le sont, mais utilisent bien souvent de mauvaises stratégies pour développer leur carrière. Ils utilisent le streaming pour se faire connaître, or on ne peut pas vivre du streaming, car c’est gratuit.

L’industrie de la musique mettra certainement du temps à évoluer.

Benji Rogers, cofondateur de Dot Blockchain Media

J’ai fondé Dot Blockchain Media, parce que je pense que si les artistes, et plus particulièrement les compositeurs et les interprètes, peuvent digitaliser leur travail de façon correcte, ils pourront mieux diffuser leur musique et en vivre.

Je pense que la combinaison entre une utilisation correcte de l’intelligence artificielle et des licences digitales, et une bonne stratégie de diffusion peut aider les artistes à mieux vivre de leur art. Mais l’industrie de la musique mettra certainement du temps à évoluer dans cette direction, car le changement est toujours difficile.»