Julia Vogelweith (photographe)

«Je m’interdis l’irrespect et l’inélégance»

24 Novembre 2017 Interview par France Clarinval
Pictures for Life
La discrétion et l’élégance caractérisent les photos que Julia Vogelweith a prises pour les 50 ans de l’APEMH. (Photo: CNA)

À l’occasion des 50 ans de l’APEMH et de la Journée internationale des personnes handicapées, le CNA s’unit à l’association pour organiser Pictures for Life, un événement exceptionnel autour de la photographie.

Après une première édition de Pictures for Life en collaboration avec l’HIV Berodung, c’est une autre facette cachée de la société que la photographie va révéler, lors d’une grande soirée de fête et de charité, samedi 2 décembre au Pomhouse du Centre national de l’audiovisuel.

À cette occasion, le CNA et l’APEMH (Association des parents d’enfants mentalement handicapés) ont demandé à une jeune photographe, Julia Vogelweith, de réaliser une commande photographique sur leurs différents sites. Elle nous raconte son expérience.

Madame Vogelweith, comment avez-vous envisagé cette commande photographique? Aviez-vous des appréhensions?

«Les marges de la société, les aspects qui sont cachés, peu ou mal connus du public, m’intéressent toujours. Cette commande me permettait d’avoir accès à des lieux et surtout à des personnes qu’on ne voit pas, qui sont totalement absentes de l’espace public. J’ai passé plusieurs mois à partager le quotidien de ceux qui sont au cœur de l’association, dans les centres d’accueil, les ateliers protégés ou les foyers où j’ai été remarquablement accueillie. Mon travail n’est pas de faire un documentaire sur le handicap, mais de donner une visibilité à cet univers et de partager la vie des personnes en situation de handicap.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ou étonné lors de ces rencontres?

«Ces personnes ont toutes un univers bien particulier, bien personnel. Elles évoluent souvent dans un monde qui leur est propre où elles peuvent assumer leurs passions et leurs obsessions. J’ai été très touchée par ces destinées et intéressée par ces parcours singuliers. J’ai aussi été choquée par la violence qui s’exprime à l’extérieur dans les regards, la fuite, les commentaires quand on est dans la rue ou dans un parc. Dans l’ensemble, c’est une expérience qui m’a fait grandir, car elle permet de se connecter à un autre monde, leur monde.

Comment éviter le voyeurisme?

«Je m’interdis l’irrespect et l’inélégance. Je suis dans une attitude bienveillante d’écoute qui me permet de me plonger dans le regard de l’autre. Faire les meilleures photos possible, les rendre beaux, voilà comment ne pas tomber dans le pathos, le voyeurisme. L’accrochage des images et la scénographie de l’exposition (réalisée par Mylène Carrière au CNA, ndlr) jouent aussi sur la discrétion en proposant une narration qui entre dans l’univers des personnes en situation de handicap, sans forcément les montrer.»

Exposition jusqu’au 10 décembre au Pomhouse au CNA.

Le 2 décembre: marché de Noël avec les produits issus des ateliers protégés, vente aux enchères d’œuvres photographiques au profit de l’APEHM.