Lou Kiesch (Associé - Deloitte Luxembourg)

«Il est primordial d’éviter la pensée unique»

26 Janvier 2018 Interview par Paperjam.lu
Lou Kiesch, Deloitte Luxembourg
«La révolution digitale impose une pression sur les coûts et crée un environnement propice à l’éducation des investisseurs via l’émergence de nouveaux canaux d’information», relève Lou Kiesch (Deloitte). (Photo: Deloitte Luxembourg)

La 6e édition de la conférence Cross-Border Distribution est organisée par Deloitte et Elvinger Hoss Prussen ce mardi 30 janvier au European Convention Center. Aperçu de quelques défis qui seront évoqués durant cet événement.

M. Kiesch, comment la digitalisation va-t-elle influencer l’industrie luxembourgeoise des fonds dans les années à venir?

«Les évolutions technologiques vont continuer à jouer un rôle important dans le domaine de la distribution des fonds et ceci afin de pouvoir maîtriser l’évolution des coûts liés non seulement aux dernières évolutions réglementaires en termes de transparence et de reporting que de positionnement des acteurs sur les nouveaux médias.

Des processus ont déjà été automatisés tels que le traitement des ordres, mais il existe cependant encore beaucoup de domaines dans lesquels des avancées sont possibles. On peut citer la gestion des opérations sur titres, la centralisation et la gestion des analyses préalables (i.e. ‘due diligence’) sur les contreparties ou encore les distributeurs, mais surtout dans la maintenance de la gestion globale et centralisée des informations pour une gestion des risques et des reportings efficace et rapide à moindre coût.

Également, au-delà de la maîtrise des coûts, l’industrie des fonds doit faire évoluer les relations avec les investisseurs. La révolution technologique engendrera une explosion d’opportunités en termes de marketing, mais rendra aussi possible une meilleure interaction entre les acteurs du monde des fonds et les investisseurs pour garantir à ces derniers un accès direct et éclairé à l’information.

Luxembourg doit observer qu’il perd peut-être un allié important dans la construction européenne d’un cadre législatif et réglementaire pour les fonds d’investissement.

Lou Kiesch, Deloitte

Le Brexit est-il une menace ou une opportunité pour l’industrie luxembourgeoise des fonds?

«Avec le Brexit, Luxembourg a certainement une carte à jouer pour attirer sur son sol les acteurs financiers en recherche d’un nouveau domicile au sein de l’Union. Dans cette ‘course’, Luxembourg n’est bien évidemment pas seul – chaque pays voulant sa ‘part du gâteau’ et il est judicieux de se positionner et mettre en avant ses atouts. Néanmoins, cette course ne doit pas faire oublier que le monde des fonds est un monde globalisé et que le domicile finalement n’est pas l’élément toujours le plus important à considérer.

Luxembourg doit observer qu’il perd peut-être un allié important dans la construction européenne d’un cadre législatif et réglementaire pour les fonds d’investissement. On ne peut que constater l’empressement de voir l’Esma jouer un rôle de supra-régulateur dans le cadre de l’autorisation des projets de fonds réduisant au silence les régulateurs locaux dans certaines de leurs prérogatives.

Cette centralisation ultime vient modifier un processus bien en place et qui a fait ses preuves (i.e. les modèles de délégation). Nous pensons qu’au niveau européen, il est primordial d’éviter la pensée unique et privilégier une action qui se base sur une réalité qui fonctionne, plutôt que sur des considérations politiques sur la centralisation. 

Quels sont les défis principaux pour l’industrie de fonds en prévision de la stratégie 2020?

«Nous pensons principalement aux éléments suivants:

  • Tout d’abord, comme mentionné ci-avant, le nouveau rôle dévolu à l’Esma engendre une convergence au niveau européen dans la supervision et l’autorisation.
  • Ensuite, Mifid II introduit de nouvelles contraintes qui amènent les intermédiaires à revoir leur stratégie de distribution – la conséquence principale est une réintégration verticale des distributeurs et des producteurs
  • La révolution digitale ou 4,0 réinvente l’industrie, impose une pression sur les coûts et crée un environnement propice à l’éducation des investisseurs via l’émergence de nouveaux canaux d’information.
  • Finalement, le poids des fonds dits alternatifs a vu une croissance extraordinaire. Ces derniers deviennent stratégiques dans l’univers des produits collectifs. Ils vont être bientôt confrontés aux mêmes enjeux que les fonds traditionnels (i.e. taille critique de réseau de distribution, rémunération des acteurs, supervision réglementaire accrue, digitalisation…)

La combinaison de ces différents éléments est une source profonde de remise en question de l’industrie de la distribution des fonds où une utilisation réfléchie de la technologie et la digitalisation deviendront un avantage déterminant pour garder une structure de coût adéquate pour maximiser les revenus des investisseurs – les clients finaux de notre industrie.»

Infos: www.cross-border.lu