Blanche Weber (Présidente du Mouvement écologique)

«Encourager les initiatives au niveau local»

03 Avril 2017 Interview par Jonas Mercier
«On ne peut pas être d’accord avec l’intensification durable de l’agriculture que souhaite le gouvernement», indique Blanche Weber.
«On ne peut pas être d’accord avec l’intensification durable de l’agriculture que souhaite le gouvernement», indique Blanche Weber. (Photo: Charles Caratini /archives)

Réunis en congrès national ce samedi, les membres du Mouvement écologique ont discuté des grandes orientations de l’organisation pour l’année en cours. Blanche Weber revient sur les principales idées qui ont été soulevées.

Madame Weber, vous avez parlé ce week-end du rôle que devaient jouer les communes dans le développement durable. Quelles sont vos attentes?

«L’un des cinq axes principaux de nos revendications se base sur l’idée que l’on peut – mis à part tous les changements structurels nécessaires aux niveaux national et international – aussi changer le monde par le bas. Et dans ce contexte, les communes sont bien évidemment un des acteurs-clés. Ce sont elles qui peuvent aller plus facilement à la rencontre des citoyens pour leur demander leur avis sur les questions qui concernent la communauté, comme les orientations à prendre pour améliorer la mobilité ou pour gérer les espaces verts.

Les communes ont par ailleurs la responsabilité d’impliquer davantage les habitants dans la vie politique locale. C’est à elles d’encourager les initiatives populaires, car la participation citoyenne est indispensable pour le développement durable. Enfin, de la même façon que l’on établit des critères de durabilité au niveau national, nous estimons qu’il faudrait le faire à l’échelle communale.

Vous êtes critique par rapport à la croissance, même qualitative, prônée par le gouvernement. Pensez-vous que les habitants soient prêts à faire des concessions?

«Je ne suis pas certaine que les Luxembourgeois soient si matérialistes que cela. Si on s’intéresse aux valeurs des gens, on se rend compte qu’il existe une prise de conscience que le monde fini dans lequel on vit n’est pas compatible avec une croissance infinie.

Certes, on ne vit pas toujours en phase avec ses valeurs, mais beaucoup de Luxembourgeois se posent quand même des questions sur l’avenir du pays et savent que les biens matériels ne sont pas synonymes de bonheur. Je pense que la société est prête à faire des efforts dans ce sens. La responsabilité du gouvernement est maintenant de thématiser davantage ces enjeux.

Justement, que pensez-vous plus généralement du travail du gouvernement?

«Le système politique parle toujours de croissance et le gouvernement nous explique qu’elle est nécessaire si l’on veut continuer à financer notre système social. Mais les hommes politiques savent très bien que nous sommes dans une voie sans issue. Nous, le Mouvement écologique, ne voulons pas du jour au lendemain stopper la croissance, mais bien réfléchir à d’autres modèles dès aujourd’hui.

Les conclusions de l’étude stratégique Rifkin sont remplies de solutions louables, mais l’exécutif a décidé de baser cette nouvelle révolution industrielle sur l’idée de croissance. C’est ça qui nous pose problème. Par exemple, l’une des neuf plateformes de suivi qui ont été mises en place a été appelée ‘Intensification durable de l’agriculture’. On ne peut pas être d’accord avec ça. Il est nécessaire, avant de commencer à réfléchir à notre nouveau modèle économique, d’établir un cadre social basé sur un projet de société.»