Anand Rao (Global artificial intelligence lead chez PwC)

«Créer des simulations pour les cadres dirigeants»

30 Mars 2018 Interview par Jonas Mercier
Anand Rao
Anand Rao: «Nous essayons de créer des simulations pour les cadres dirigeants, en utilisant une approche basée sur le jeu.» (Photo: Maison Moderne / Archives )

Présent au Luxembourg mi-mars à l’occasion d’une conférence du Paperjam Club organisée chez PwC, le professeur Anand Rao, l’un des grands spécialistes internationaux de l’intelligence artificielle, estime que cette technologie va permettre au monde de l’entreprise de prendre de meilleures décisions.

M. Rao, les avancées de l’IA causeront des pertes d’emplois dans certains domaines. Comment, dans ce contexte, rester compétitif sur le marché du travail?

«Les compétences qui seront nécessaires demain vont en effet évoluer. Il deviendra, par exemple, de plus en plus important de savoir comment aborder des problèmes et être capable de les résoudre en équipe. Une autre qualité davantage recherchée sera celle de l’adaptation sociale, à savoir la capacité à avoir de l’empathie, à s’intégrer dans des équipes, à collaborer…

S’il fallait conseiller les jeunes d’aujourd’hui dans leur cursus, je dirais qu’il faut veiller à avoir de bonnes bases en mathématiques, mais aussi un certain sens critique. La philosophie pourra donc être très utile, car elle vous apprend à structurer votre pensée, à analyser et à débattre. La psychologie et l’intelligence émotionnelle sont d’autres disciplines qu’il faudra avoir dans le viseur.

L’IA dans le domaine de la consommation va continuer à évoluer.

Anand Rao, global artificial intelligence lead chez PwC

Aujourd’hui, les moteurs de recherche vous permettent de savoir n’importe quoi, depuis n’importe où. Mais pas tout le monde ne sait rassembler, à partir des milliards de documents disponibles, les informations qui sont les plus pertinents pour un sujet en particulier. C’est là que l’Homme pourra faire la différence par rapport à la machine.

L’intelligence artificielle est déjà couramment utilisée dans une variété d’applications et de sites internet. Les consommateurs sont-ils pleinement conscients de l’utilisation de l’IA?

«Je pense que la plupart des gens ne savent pas ce qu’est l’IA. Ils ne se rendent pas compte que le logiciel qui se cache derrière des recommandations musicales en ligne, par exemple, utilise l’IA. Il existe en revanche un écart d’au moins trois ans entre le monde de la consommation et celui de l’entreprise, où l’intelligence artificielle commence tout juste à arriver.

L’IA dans le domaine de la consommation va continuer à évoluer. Nous utilisons tous de soi-disant ‘smartphones’. Mais ces téléphones ne sont pas vraiment intelligents, car ils n’anticipent pas nos besoins. La plupart des gens n’utilisent probablement qu’une demi-douzaine d’applications régulièrement, et celles-ci ne sont pas interconnectées.

L’IA changera fondamentalement la façon dont nous utilisons les téléphones intelligents, qu’il s’agisse de commandes vocales ou de systèmes plus intelligents communiquant entre les applications. L’appareil lui-même pourra même disparaître. Vous n’aurez peut-être besoin que d’un écouteur et d’aucun autre appareil physique pour communiquer.

Vous parlez d’une pénétration plus tardive de l’IA dans le monde de l’entreprise. Les futurs dirigeants utiliseront-ils cette technologie dans leur travail selon vous?

«Dans le monde des affaires, les dirigeants prennent des décisions de plusieurs milliards de dollars en se basant sur leurs intuitions. Comment faire en sorte que celles-ci soient davantage axées sur les données que sur les sentiments? Dans un simulateur de vol, on s’écrase plusieurs fois, mais cela nous permet d’apprendre à voler dans des conditions réelles.

Ce que nous essayons de faire aujourd’hui pour les entreprises est de créer le même genre de simulation pour les cadres dirigeants, en utilisant une approche basée sur le jeu. Ainsi, au lieu de réagir à ce que fait la concurrence ou le gouvernement, ils pourront être beaucoup plus proactifs lorsqu’il s’agira de prendre une décision en essayant plusieurs scénarios.

Nous avons déjà mené des expériences pour un grand constructeur automobile qui cherchait à investir dans des véhicules autonomes. Au départ, nous pensions qu’il ne voudrait pas. Mais grâce à toutes les simulations qu’il a faites, il a fini par s’intéresser très sérieusement à cette technologie.»

Revoir le reportage du Club Talk - Artificial Intelligence