Guido Savi (Représentant de la Febiac au Luxembourg)

«Ce diesel bashing est très exagéré»

23 Mars 2017 Interview par Frédéric Antzorn
Guido Savi
Guido Savi: «Baisser trop vite la part occupée par les motorisations diesel pourrait conduire à une hausse des émissions de CO2.» (Photo: Marion Dessard / archives)

Représentant, par le biais de la Fédération belux de l’automobile et du cycle (Febiac), les constructeurs automobiles au Luxembourg, Guido Savi remet les pendules à l’heure en matière de motorisations diesel, victimes de déclarations incorrectes sinon excessives depuis le dernier Autofestival.

Monsieur Savi, en tant que membre de la House of Automobile qui a été créée l’automne dernier, quel regard portez-vous sur le marché luxembourgeois tel qu’il se trouve actuellement?

«Le marché automobile luxembourgeois se porte plutôt bien si l’on en juge par les chiffres. L’année 2016 a permis de dépasser à nouveau le cap des 50.000 immatriculations et pour 2017, on en était fin février à une hausse de ces immatriculations de l’ordre de 3% par rapport à la même période l’an dernier. 

Cette hausse vaut surtout pour le mois de janvier, hors Autofestival, et moins pour celui de février. Mais c’est encourageant.

Au sujet de l’Autofestival, vous avez évoqué très récemment un «couac» en matière de communication sur le diesel. Que s’est-il passé?

«Oui, effectivement. En prélude de cette grande fête de l’automobile au Luxembourg, il y a eu certaines déclarations – notamment politiques – qui ont été faites sur la supposée pollution provoquée par les motorisations diesel et qui ont semé le doute chez les consommateurs, au point que certains achats ont été postposés.

Il a aussi été question, dans ces déclarations, de menaces pesant sur les détenteurs de véhicules circulant au diesel qui, à l’avenir, pourraient se voir interdire l’accès à certains centres-villes.

Ce diesel bashing est très exagéré. Car les moteurs diesel, du moins ceux qu’on fabrique aujourd’hui, ne sont pas responsables de tous les maux qu’on leur prête. Les plus récents, ceux répondant aux normes Euro 6, répondent aux mêmes limites – en matière de rejet de particules fines – que les moteurs à essence. Et il est donc faux d’affirmer qu’ils sont plus polluants.

Les constructeurs n’entrevoient-ils donc pas la fin du diesel?

«Bien sûr que si! Mais le diesel a encore au minimum une dizaine d’années devant lui, et la transition doit être progressive. En outre, il reste encore économiquement le meilleur choix pour les conducteurs qui roulent beaucoup et les constructeurs doivent tenir compte de ces besoins.

Laissez-moi aussi ajouter qu’au Luxembourg, la part qu’occupe le diesel – représentant 64,7% des ventes réalisées en 2016 – décroît plus vite que la moyenne européenne.  

Sachant que le taux de moyen de CO2 émis aujourd’hui par un moteur diesel est inférieur de 10% à celui émis par un moteur essence, une baisse trop rapide de cette part qu’occupe le diesel aura pour conséquence, pour le parc automobile luxembourgeois, de conduire à une augmentation de ses émissions de CO2, plutôt qu’à une diminution. Cela peut paraître étonnant, mais c’est pourtant la réalité.»