Vincent Lebrun (Private equity leader )

«Après le Brexit, l’industrie reste sur le qui-vive»

05 Juillet 2017 Interview par Paperjam.lu
Vincent Lebrun
Selon l’expert, le marché du private equity est stable, mais le Brexit a toutefois donné lieu «à des incertitudes et des opportunités». (Photo: PwC Luxembourg)

Le private equity demeure l’étoile montante du monde alternatif. La collecte de fonds (fundraising) affiche des résultats positifs. Bien que les acteurs du private equity doivent composer avec d’importants changements réglementaires et de marché, citons Beps et le Brexit parmi d’autres, les perspectives restent optimistes. Vincent Lebrun, private equity leader de PwC Luxembourg, passe l’industrie à la loupe.

Monsieur Lebrun, le private equity a-t-il toujours le vent en poupe?

«Globalement, le marché est en bonne santé. La collecte de fonds demeure dynamique avec 54 milliards de dollars de fonds levés au cours du premier trimestre 2017 pour l’investissement direct, une croissance de près de 4,3 milliards par rapport à l’année précédente. À noter tout de même que plus d’un quart du capital recueilli au cours de cette période provient d’un seul fonds.

Autre particularité de ce premier trimestre de l’année: moins de fonds ont été clôturés (175 transactions contre 235 à la même période en 2016), alors que la valeur globale de ces opérations s’est stabilisée (89 milliards cette année contre 90 en 2016, toutes stratégies confondues).

Au Luxembourg, la tendance est au fonds réglementé, dont les SIF tirent leur épingle du jeu avec 66% de part de marché et une valeur moyenne de 96 millions d’euros. Dans ce sillage, le RAIF connaît une croissance constante avec à ce jour près de 120 structures en place. De nature polyvalente, rapide à commercialiser et réglementé par un gestionnaire AIF, le RAIF bénéficie de tous les avantages du passporting.

Quels sont les enjeux auxquels les acteurs du private equity doivent faire face?

«La mise en œuvre de plus en plus concrète de Beps et les mesures de la directive anti-dumping de l’UE (Atad) à partir de 2019 vont clairement occuper les acteurs du secteur. Les autorités fiscales du monde entier continueront de mettre l’accent sur la substance et la raison d’être commerciale des structures. Les acteurs du private equity devront ainsi renouveler leurs efforts en vérifiant que leurs structures existantes sont bien dans les clous tout en restant à l’affût des derniers changements réglementaires.

Le Brexit a également donné lieu à des incertitudes et des opportunités sur le marché du private equity. L’industrie reste pour le moment sur le qui-vive tant les conséquences sont difficiles à prévoir (p.ex.: fluctuations de la livre, cadre juridique et accès aux arrangements européens).

Quelles tendances se dessinent?

«Les investisseurs accordent de plus en plus de priorité à la gouvernance, aux responsabilités du conseil d’administration, à la corruption, à l’éthique et à la bonne conduite des affaires. Désormais, les investisseurs examinent les politiques environnementale, sociale et de gouvernance lorsqu’ils cherchent à s’engager dans un fonds. La transparence est le mot d’ordre et le secteur ne fait pas exception. Il est d’ailleurs devenu monnaie courante de publier ses politiques en la matière sur son site web ou dans des rapports publics pour se différencier de ses pairs.