Chronique financière

Zone euro: trou d’air ou atterrissage en douceur?

21 Juin 2018 Par Jean-Yves Leborgne (ING Luxembourg)
Jean-Yves Leborgne est portfolio manager chez ING Private Banking au Luxembourg depuis 2007.
Jean-Yves Leborgne est portfolio manager chez ING Private Banking au Luxembourg depuis 2007. (Photo: ING / Archives)

Il y a encore quelques mois, quand j’évoquais l’embellie économique de la zone euro dans mon précédent article, j’étais loin d’imaginer que le vent allait tourner, puisque les indicateurs macroéconomiques publiés depuis lors ont été moins bons que prévu.

C’est surtout l’évolution de ces mêmes indicateurs qui a été décevante. Ainsi, le «Surprise Index» de Citigroup, qui mesure l’écart entre les chiffres publiés et les attentes du consensus, montre que la quasi-totalité des données publiées au cours des dernières semaines a été inférieure aux anticipations.

On a pu, par exemple, observer un repli de la quasi-totalité des indicateurs de confiance. Même si ce ne sont que des enquêtes d’opinion auprès des consommateurs et des chefs d’entreprise, on sait que ce genre de repli se traduit toujours dans l’activité réelle. Face à une telle situation, on est en droit de se demander si on n’assiste pas, d’ores et déjà, à la fin de la période de reprise dans la zone euro.

Plusieurs éléments plaident, cependant, pour le maintien d’une croissance décente: la majorité des indicateurs économiques restent, malgré leur récent repli, à des niveaux élevés et largement compatibles avec une poursuite de la croissance économique. La situation du marché du travail continue de s’améliorer dans la zone euro. Les emplois créés augmentent le revenu des ménages, donc leur capacité à consommer.

La zone euro profite encore de conditions de financement particulièrement intéressantes grâce à la politique ultra-accommodante de la BCE.

Jean-Yves Leborgne, économiste chez ING

De même, de nombreuses entreprises soulignent toujours une forte utilisation de leurs capacités de production, ce qui devrait les inciter à poursuivre leurs investissements. Et à ce propos, il faut noter que la zone euro profite encore de conditions de financement particulièrement intéressantes grâce à la politique ultra-accommodante de la BCE. Enfin, et ce n’est pas anodin, la période d’austérité des finances publiques prend lentement fin dans la plupart des États européens, ce qui devrait aussi relâcher un peu plus la pression sur les entreprises et les ménages. 

Il ne faut pas oublier non plus que la plupart des indicateurs ont récemment atteint des niveaux records et que la croissance de l’activité elle-même a dépassé au cours des derniers trimestres le rythme normal de la croissance en zone euro.

La zone euro est encore loin d’avoir retrouvé un fonctionnement économique normal.

Jean-Yves Leborgne, économiste chez ING

Il n’en demeure pas moins que ces premiers signes de faiblesse, après une accélération économique qui a duré plus de deux ans, ne doivent pas être sous-estimés. Une moins bonne conjoncture, même passagère, nous rappelle que la zone euro est encore loin d’avoir retrouvé un fonctionnement économique normal: l’inflation reste modérée, le taux de chômage est encore relativement élevé (même s’il a beaucoup baissé) et les marges budgétaires pour lancer de nouveaux projets ou faire face à des vents contraires sont toujours assez limitées.

Bref, cette moins bonne conjoncture doit nous inciter à la vigilance, car de nombreux chocs potentiels pourraient rapidement transformer la stabilisation de la croissance en retournement conjoncturel: guerre commerciale, tensions politiques (notamment dans les pays de la zone euro) ou géopolitiques, fragilité financière des économies américaine et chinoise. Attention donc à l’éventuelle matérialisation de ces chocs.