Interview avec François Brouxel

Wildgen célèbre les 95 ans de sa fondation

20 Septembre 2018 Par Thierry Raizer
François Brouxel: «On ne rend pas assez hommage au gouvernement concernant tous les efforts qui ont été faits.»
François Brouxel: «On ne rend pas assez hommage au gouvernement concernant tous les efforts qui ont été faits.» (Photo: Nader Ghavami)

Le cabinet Wildgen célèbre les 95 ans de sa fondation ce jeudi. En préservant les principes d’indépendance et d’entrepreneuriat, le management actuel regarde vers le futur de la Place… et de l’étranger. Entretien avec son managing partner, François Brouxel.

Monsieur Brouxel, quels sont les piliers stratégiques du cabinet?

«Nous tenons avant tout à affirmer notre indépendance. L’indépendance n’a de sens que si nous disposons de la capacité à répondre aux défis que nos clients et nos prospects nous posent. Ils sont multiples et variés, à l’image du développement de la Place. Cela veut dire être fort dans les corps de métier classiques – droit des sociétés, fonds et fiscalité –, mais également dans des secteurs plus récents, comme les start-up, ou autour de questions liées au Brexit.

Comment rester indépendant?

«Si vous souhaitez être généraliste, un effet de taille est nécessaire. Il faut être plus de 50. Vous devez être présent et rayonner à l’extérieur, que ce soit au niveau des chambres professionnelles, des visites de cabinets à l’étranger, de la prospection… C’est un travail important que nous menons sans l’appui d’un réseau international. Nous devons être constamment dans une démarche entrepreneuriale, de visibilité. C’est pour cela que nous avons créé un bureau à Londres, ainsi qu’un ‘German desk’ avec, à sa tête, une associée allemande qui se rend régulièrement chez nos voisins. 

Vous avez récemment ouvert un bureau à Londres. Le Brexit a-t-il accéléré la décision?

«Absolument. Beaucoup de grands cabinets anglo-saxons ne sont pas à Luxembourg et ont besoin de s’appuyer sur un cabinet comme le nôtre. Nous voulons poursuivre la communication avec eux. Quant au Brexit, beaucoup de gens se posent des questions, alors que peu de réponses sont disponibles. Je ne serais pas surpris qu’un accord survienne en dernière minute. Face à cette incertitude, de nombreux acteurs ont choisi de bouger, et pas uniquement vers le Luxembourg. De notre côté, nous sommes en capacité de les recevoir et d’être à leur écoute. Notre présence à Londres nous permet d’aborder d’autres questions sur d’autres sujets.

Toutes les multinationales utilisent Luxembourg, car il répond à toutes leurs attentes.

François Brouxel, managing partner, Wildgen

Wildgen est associé à la fiduciaire Centralis. Quelle est la place de ce maillon dans votre chaîne de services?

«Centralis, dont le siège social est à Luxembourg, dispose d’un rayonnement international et emploie 130 personnes avec des bureaux à Dublin, Zurich, Amsterdam, Budapest, et New York essentiellement. C’est un complément à l’activité du cabinet, même si les deux structures ont leur propre vie.

Le travail des fiduciaires a fortement évolué durant les dernières années…

«Le travail a considérablement évolué. Il y a toujours la comptabilité, mais il y a surtout la notion d’accompagnement du client pour s’assurer que ses structures fonctionnent, qu’elles ont un sens économique… Et lui fournir l’expertise dont il a besoin pour développer ses affaires.

 Aujourd’hui, soit votre business est propre, soit il est mort.

François Brouxel, managing partner, Wildgen

Quel est l’atout du Luxembourg qui vous aide à nouer une relation d’affaires?

«Aujourd’hui, c’est l’image du Luxembourg. Malgré ce que l’on a pu entendre, le travail effectué par le gouvernement et d’autres acteurs de la Place est remarquable. Certains parlent encore de paradis fiscal, mais l’image du pays est extrêmement solide. Toutes les multinationales utilisent Luxembourg, car il répond à toutes leurs attentes. C’est le résultat d’un travail collectif de longue date, le succès des uns entraîne le succès des autres.

Les obligations relatives à la substance des structures, renvoyant cette substance à la hausse, ont aussi aidé à faire évoluer l’image de la Place…

«La substance a un coût, donc seuls les plus importants peuvent survire. On doit aussi parler de transparence. Aujourd’hui, soit votre business est propre, soit il est mort. 

Quel est le point faible du pays sur lequel il faudrait travailler?

«Dans la réalité du quotidien, on aimerait que tout soit moins cher et plus rapide. Mais, en comparaison avec ce qui se fait dans d’autres pays, on doit bien se rendre compte que la situation au Luxembourg est loin d’être mauvaise. Le grand défi de la Place à l’avenir restera le risque lié à sa réputation. Il est difficile de trouver le bon équilibre, mais il faut garder à l’esprit l’idée de toujours faire mieux plutôt que plus vite et moins cher.

L’impôt communal sur les sociétés devrait disparaître un jour ou l’autre.

François Brouxel, managing partner, Wildgen

À l’avenir, sur quels ressorts la Place peut-elle compter?

«Le private equity dans son ensemble sera certainement un levier important. Je pense, à cet égard, que les fonds d’investissement ‘light’ comme les Raif représentent un atout. Ils génèrent beaucoup de fonds, de structure et de travail pour les opérateurs. Les multinationales sont de plus en plus scrutées. Lorsqu’elles créent une structure à Luxembourg, elles doivent y mettre les moyens. Le temps où elles employaient un collaborateur à temps partiel est révolu. Elles doivent faire l’effort de s’installer pour de bon.

La fiscalité continue-t-elle d’être un élément important dans votre travail?

«Elle ne doit pas être neutre. Je pense qu’il serait utile d’avoir un coup de pouce du futur gouvernement en la matière. La volonté affichée par l’actuel ministre des Finances, Pierre Gramegna, de maintenir les stock-options est saluée, j’espère que le prochain gouvernement maintiendra cette décision. 

L’impôt communal sur les sociétés devrait disparaître un jour ou l’autre. Il en est de même pour l’impôt sur la fortune des sociétés, qui n’entraînerait pas beaucoup de pertes dans les caisses, mais continue à faire sortir beaucoup de liquidités des banques luxembourgeoises. C’est un impôt qui n’est plus en adéquation avec son temps. Il y a quelques années, on avait eu la bonne idée de le supprimer pour les personnes physiques.

Quels seraient les autres points auxquels le prochain gouvernement devrait faire attention?

«On ne rend pas assez hommage au gouvernement concernant tous les efforts qui ont été faits en matière de santé, d’éducation et de culture. Si on veut attirer du business, il faut attirer des talents. Et si on veut les attirer, il faut que le cadre de vie soit agréable et sécurisé. L’environnement routier s’est considérablement amélioré également. Le talon d’Achille reste le prix de l’immobilier. Il faut faire en sorte de construire plus de logements et de bureaux. Luxembourg est la seule capitale au monde avec des prix aussi élevés et autant de terrains en jachère. Nous devons mener une réflexion pour inciter les propriétaires à vendre.

Comment attirez-vous les talents dans un marché concurrentiel entre cabinets?

«Premièrement en les respectant. L’erreur que font souvent beaucoup de cabinets est de vouloir cloner les gens. Or, ce qui m’intéresse chez quelqu’un, c’est sa différence. Il faut rechercher la diversité tant au niveau des compétences que des cultures. Respecter les gens veut aussi dire ne pas vouloir les faire rentrer dans un moule. Le temps où les gens arrivaient à 8h30 et repartaient à 20h est révolu. Aujourd’hui, nous devons faire confiance aux collaborateurs, mettre à leur disposition des moyens technologiques pour travailler à distance, leur donner la liberté de gérer leur journée, sans pour autant négliger le travail en équipe et la communication avec les autres collègues. Il faut simplement trouver le juste milieu entre la liberté des collaborateurs et les exigences des clients. Tout passe par la confiance. 

Comment est organisée la gouvernance de l’entreprise?

«Nous sommes dix associés, cinq associés juniors et cinq associés actionnaires. La gestion est organisée à trois niveaux. La gestion journalière est dans les mains du managing partner. La gestion administrative du cabinet se fait au niveau des dix associés, et la partie stratégique est traitée par les associés actionnaires. Nous avons une structure administrative assez forte, avec des managers de qualité pour permettre aux associés de se concentrer sur leur travail sans se disperser. Le rôle du managing partner est de faire en sorte que l’administratif fonctionne bien et d’offrir des options stratégiques au cabinet pour le faire évoluer. 

C’est le client qui fixe la règle du jeu.

François Brouxel, managing partner, Wildgen

Quelle est la place de la technologie dans votre cabinet?

«Une des ambitions de notre cabinet est de rester à la pointe de la technologie et de mettre l’intelligence artificielle au service de nos clients. Ainsi, nos salles de réunion sont hyper connectées, et nous offrons à nos collaborateurs la possibilité de travailler et dialoguer à distance. Nous étions également le premier cabinet d’avocats de la Place à proposer sur notre site internet un outil de live chat permettant une interactivité accrue et en temps réel avec nos clients.

Nous investissons également dans deux projets importants. Tout d’abord un nouvel outil CRM pour toujours mieux accompagner nos clients. Un autre projet important consiste à digitaliser entièrement notre base de données documentaire afin d’être le plus efficace possible. Cela correspond aussi à un marché qui change. C’est le client qui fixe la règle du jeu, et nous restons à son écoute.

La règle du jeu sera-t-elle changée par la technologie?

«C’est déjà notre quotidien, mais nous restons tout de même dans une logique de déresponsabilisation. À la fin, il faut qu’un avocat signe pour certifier une opération.»