Mesure 36

Mudam-Casino: vous avez dit synergies?

20 Octobre 2014 Par France Clarinval
Le Casino Luxembourg craint de voir son identité se fondre dans celle du Mudam.
Le Casino Luxembourg craint de voir son identité se fondre dans celle du Mudam. (photo: Jessica Theis / archives)

Visant à un rapprochement entre le Casino Luxembourg et le Mudam, les quelques lignes du «Zukunftspak» ont fait réagir les deux directeurs qui ont peur de perdre leurs spécificités.

«Lire cette mesure et voir en même temps notre budget réduit de près de 10% en 2018 a été une douche froide.» Jo Kox, directeur administratif du Casino Luxembourg n’a pas digéré la mesure 36 du «Zukunftspak»: «Analyse de l’intérêt d’un recentrage des activités dans le domaine de l’art contemporain et renforcement de synergies éventuelles.» Il sait, comme la plupart de ses collègues, que des économies vont devoir être faites, mais il fustige la manière dont elles sont envisagées. «Le fameux 1% réservé à la culture a fait long feu puisqu’on est désormais à 0,89%. C’est le budget qui a le plus morflé.»

Ainsi, il est prévu que le budget du Casino Luxembourg passe de 1,87 million d’euros en 2014 à 1,99 l’année suivante pour redescendre à 1,95 en 2018 (non sans être monté à 2,15 en 2017). «C’est sur le programme artistique que les économies seront réalisées, les autres postes ayant déjà été rabotés.»

L’idée du gouvernement de rapprocher le Casino Luxembourg et le Mudam n’est pas neuve. Déjà à l’ouverture du musée, les questions fusaient sur la raison d’être du centre d’art qui était perçu comme un lieu de «préfiguration» du musée. Lorsqu’Enrico Lunghi a été nommé à la tête du Mudam, il a de nouveau été question de mettre en œuvre une seule entité. «Pourtant, nous n’avons pas la même vocation, pas le même statut juridique, pas les mêmes buts», insiste Jo Kox.

«On ne peut pas se passer de la culture»

«Le Casino Luxembourg et le Mudam sont deux institutions d'art contemporain qui fonctionnent très bien, qui sont très complémentaires et dont la réputation internationale contribue pour beaucoup à améliorer l'image de notre pays à l'étranger. Je ne vois pas l'intérêt d'y toucher pour réaliser d'hypothétiques économies pour l'instant,» complète Enrico Lunghi.

Parce que le but avoué est évidemment de faire des économies, de personnel en particulier en mettant en avant l’exemple de la fusion entre la Philharmonie et l’OPL. «Il n’y a qu’un poste qui n’a pas été remplacé», s’énerve Kox qui a peur de voir le Casino Luxembourg «perdre son âme» s’il se fait avaler par l’imposant musée. «On a pu constater qu’une seule direction et des fusions d’équipes entre les deux théâtres de la ville ont abouti à ce que le Théâtre des Capucins n’existe plus que comme une salle et a perdu toute identité spécifique, toute force de programmation.»

L’inquiétude de voir une fusion administrative aboutir à une fusion artistique n’est donc pas un pur fantasme. «Il en va de la pluralité de l’offre culturelle. Pourquoi pas un seul théâtre, un seul musée, un seul éditeur, un seul cinéma, tant qu’on y est!»

Particulièrement remonté, le directeur du Casino Luxembourg suggère «une semaine sans musique, sans cinéma, sans livre, sans expo… Les politiques comprendront vite qu’on ne peut pas se passer de la culture.»