Ville de Luxembourg: le tram léger sur de bonnes voies

24 Mars 2006 Par Paperjam.lu

À nouvelle étude, nouveau projet et nouvel enthousiasme: un tram léger pourrait circuler entre le Kirchberg et la gare centrale, dès 2012.

Les études sur la mobilité dans la capitale se suivent et ne se ressemblent pas... mais elles s"amoncellent. La dernière en date, élaborée par le groupe de travail ad hoc mis en place en juin 2005 par le ministère des Transports et le collège échevinal de Luxembourg, a été présentée le 6 mars. Les experts ont planché sur "l'extension du réseau ferré dans la Ville de Luxembourg" et ont analysé pour cela huit scénarii, tenant compte des nombreux projets antérieurs - plus ou moins aboutis, plus ou moins réalistes - présentés depuis une bonne douzaine d'années par les équipes politiques successives, tant au niveau du ministère des Transports que de l'Hôtel de Ville.

Le résultat de leur synthèse ne laisse planer aucune ambiguïté: c'est à l'unanimité que les membres de groupe de travail ont choisi de recommander le scénario n°8, prévoyant la mise en place d'un tram léger reliant le Kirchberg à la gare centrale, par le centre-ville. Partant de Luxexpo, il passerait le Pont rouge, traverserait le centre-ville (Hamilius), le pont Adolphe, puis descendrait l'avenue de la Liberté pour atteindre la gare. Une seconde option du tracé, à partir du rond-point Schuman, consiste à faire passer le tram par la place de l'Étoile puis la route d'Esch, pour rejoindre la gare de Hollerich (sans passer donc par la gare centrale). Cette première phase du projet pourrait voir le jour dès 2012.

Dans une seconde phase, le tram desservirait de nouvelles gares périphériques à Howald, Cessange, au Kirchberg et à Dommeldange. Dans ces noeuds modaux, les passagers devraient changer de moyens de transport et monter à bord de rames de train "classiques" pour poursuivre leur voyage. En effet, le tram léger préconisé par les auteurs de l'étude circule sur son propre réseau (comme à Strasbourg, par exemple) et ne peut en aucun cas utiliser le réseau ferré des CFL - existant ou à étendre -.

De ce fait, le projet de BTB (bus-tram-bunn) discuté depuis l'étude Luxtraffic de 1993 (lire aussi en pages News) et porté avec ardeur par l'ancienne ministre socialiste des Transports, Mady Delvaux-Stehres, semble bel et bien enterré. Il prévoyait notamment la mise en place d'un train-tram (ou tram hybride), capable de circuler à la fois sur des rails posés à travers la ville et sur le réseau des CFL. Mais le coût élevé du projet et les contraintes techniques - qui ne le rendaient envisageable qu'après 2017 - semblent avoir signé son arrêt de mort.

581 millions d'euros

"Le scénario du tram léger possède une avance d'au moins 30% par rapport aux autres scénarii", soulignent les auteurs de l'étude. Ses atouts: une intégration aisée dans le tissu urbain, une capacité à redynamiser la ville, des possibilités de réalisation à court et moyen termes, la mise en place par étapes et, ultime argument, mais non des moindres, le "faible coût de réalisation'. L'estimation sommaire des coûts - formule à l'humilité succulente! - table ainsi sur un montant global de 581 millions d'euros, dont 122 pour les installations du tram léger et 459 pour les nouvelles voies de chemin de fer. Soit près de 180 millions d'euros de moins que les estimations pour le projet du BTB qui tablaient, elles, sur des montants de 760 millions d'euros environ.
Le ministre des Transports, Lucien Lux, qui soutient le concept du tram léger aux côtés du bourgmestre de la capitale, Paul Helminger, souhaite désormais "fédérer toutes les énergies" afin de voir circuler les premières rames au plus vite. Mais il lui faudra encore convaincre ses partenaires du gouvernement ainsi que les députés, qui doivent avaliser le projet. Quant à Paul Helminger, il aura à faire face à une opposition musclée au sein du collège échevinal. En particulier celle de Laurent Mosar (CSV), qui regrette les incertitudes liées aux futurs tracés tout en déplorant l'absence de desserte du Limpertsberg et de l'entrée nord de la capitale. Mais le chef de file de l'opposition fustige surtout les imprécisions en matière de financement et annonce, d'ores et déjà, une explosion du budget initial.
Malgré ces premiers remous - qui en annoncent sans doute bien d'autres -, Lucien Lux reste serein et ne cache pas qu'il souhaite faire avancer rapidement ce dossier, afin d'obtenir un engagement ferme du gouvernement avant la fin de la législature en cours, en 2009. Si l'on s"en tient aux délais annoncés, il resterait alors trois ans pour mettre le tram sur les rails...