Croissance

Une reprise économique «pro-riches»

02 Juillet 2018 Par Audrey Somnard
Le Statec affirme que la reprise économique a davantage bénéficié aux plus aisés; les plus défavorisés, eux, n’ont pas vu beaucoup de changement depuis la crise.
Le Statec affirme que la reprise économique a davantage bénéficié aux plus aisés; les plus défavorisés, eux, n’ont pas vu beaucoup de changement depuis la crise. (Photo: Licence C.C.)

Est-ce que la reprise économique après la crise de 2008 a profité aux plus pauvres ou aux plus riches? Le Statec s’est penché sur la question. Sans surprise, il semble que les fruits de la croissance aient bénéficié aux plus aisés.

Le fameux ruissellement, la notion qui voudrait que la richesse des plus aisés profite les plus défavorisés, ne s’est pas vérifié au Luxembourg. Dans son étude qui a compilé 13 ans de chiffres sur les salaires médians, les revenus des ménages et l’accroissement des inégalités, le Statec a comparé la situation des ménages les plus aisés et des plus défavorisés pendant et après la crise de 2008.

La comparaison de ces indicateurs, entre 2003 et 2015 – soit l’avant, le pendant et l’après-crise –, montre de grandes différences selon le niveau de richesse des groupes étudiés. Le niveau de vie médian a reculé suite à la crise, la reprise se faisant sentir seulement à partir de 2013, indique le Statec.

Parallèlement à la même période, le taux de risque de pauvreté est en hausse alors que l’inégalité de revenus, bien que fluctuante, reste quasiment stable.

Le pouvoir d’achat a plus augmenté pour les plus aisés

Entre 2003 et 2008, la hausse du revenu disponible réel est plus importante chez les ménages favorisés que parmi les plus défavorisés. Le pouvoir d’achat des résidents a quant à lui augmenté entre 2003 et 2008, avec un accroissement plus important pour les plus aisés.

Concrètement, la période d’avant-crise bénéficiait à tous les résidents, mais davantage aux ménages aux revenus plus élevés. Il semblerait qu’ils aient gardé cette avance notable pour amortir les conséquences de la crise, alors que les moins aisés ont été touchés de plein fouet.

Les ménages dont les revenus sont les plus faibles ont perdu du pouvoir d’achat durant la crise, par rapport à l’année de référence retenue par le Statec, soit 2003. C’est le contraire dans les ménages aisés, qui eux ont connu une hausse, pas toujours significative, mais continue de leur pouvoir d’achat.

Les plus défavorisés bénéficient de la reprise à partir de 2013

La crise aurait donc eu moins de conséquences sur les plus aisés. L’étude du Statec n’indique pas pourquoi, mais des emplois plus stables et durables ainsi que des profils recherchés sont sans doute à l’origine de cet impact moindre pour les couches les plus aisées.

Si les plus riches ont donc retrouvé rapidement leur niveau de vie d’avant-crise, les plus défavorisés ont eux beaucoup plus souffert. Le Statec indique même que ces ménages n’ont jamais tout à fait retrouvé leur niveau d’avant-crise.

La crise a creusé ces différences. Cette période marque l’écart de croissance le plus important entre les revenus des plus riches et des plus pauvres.

Mais le Statec est optimiste quant à l’après-2013: les premiers indicateurs montrent que les plus bas salaires ont fini par augmenter. Comme si la reprise touchait finalement également les plus pauvres. Il faudra attendre des études plus récentes pour que le Statec analyse plus en détail cette embellie pour tous les groupes de résidents.