«Une question typiquement luxembourgeoise»
Jean-Claude Juncker était l'invité de l'émission Background de RTL samedi 29 novembre pour préciser son plan d'investissement pour l'Union européenne, mais surtout revenir sur le déroulement de l'affaire «LuxLeaks».
Qui savait quoi, quand? «Une question typiquement luxembourgeoise», a rétorqué Jean-Claude Juncker à Guy Kaiser qui l'interviewait samedi durant l'émission Background. Il s'agissait de la première longue interview sur RTL de l'ancien Premier ministre depuis son accession à la présidence de la Commission européenne, le 1er novembre dernier.
Interrogé quant à l'affaire LuxLeaks qui le concerne via ses précédentes fonctions durant 20 ans en tant que ministre des Finances et Premier ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker a poursuivi sa stratégie de communication: ne pas nier sa responsabilité politique, tout en voulant trouver une sortie par le haut.
La question de savoir qui savait quoi à quel moment n'est donc pas très adéquate selon lui, Jean-Claude Juncker préfère rappeler qu'il avait déjà par le passé, en tant que président de l'eurogroupe, proposé de veiller à la stricte application du code de bonne conduite contre la concurrence fiscale déloyale, idée qui fut refusée en 2005.
Approché une première fois le 2 septembre pour une interview qui laissait indiquer après coup les prémisses de LuxLeaks, Jean-Claude Juncker justifie son refus de répondre au journaliste en raison de son choix de ne donner aucune interview avant son entrée en fonction officielle.
«Le gouvernement a bien réagi»
Jean-Claude Juncker a aussi profité de l'interview pour (re)prendre la défense du Luxembourg, pas le seul pays à pratiquer le tax ruling. Et de citer le rapport de la Cour des comptes hollandaise relevant ce type de pratique. «L'image du pays à l'étranger a été dénaturée. Notre place financière ne s'est pas construite sur les rulings mais grâce aux connaissances des gens qui travaillent dans le secteur bancaire», a-t-il indiqué en substance.
Indiquant ne pas avoir eu de contact avec le gouvernement actuel, Jean-Claude Juncker estime «qu'il a bien réagi» à cette attaque.
Y aura-t-il une affaire LuxLeaks bis? Jean-Claude Juncker ne semble pas le savoir. Il estime en revanche que la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, dispose de l'autonomie nécessaire pour traiter les dossiers de multinationales Amazon et Fiat qui ont bénéficié d'un tax ruling au Luxembourg et qui sont examinés pour déterminer s'ils doivent être considérés comme des aides publiques.
Elle espère d'ailleurs boucler les quatre enquêtes en cours sur les rulings fiscaux (Amazon, Fiat au Luxembourg, Apple en Irlande et Starbucks aux Pays-Bas) au deuxième trimestre de l'an prochain.
Annoncé mercredi, le plan d'investissement de 300 milliards voulu par Jean-Claude Juncker pour la relance de l'emploi en Europe doit encore faire son chemin pour devenir une réalité. Le président de la Commission européenne a réitéré samedi son souhait de donner un coup d'accélérateur à l'économie numérique en Europe et, par ailleurs, de mobiliser le capital en faveur de «l'économie réelle».
La concrétisation de ce plan passera par un consensus politique et donc aussi au niveau des chefs d'État. Jean-Claude Juncker précise à ce sujet qu'il ne veut pas faire de ce vaste projet «le plan Juncker», mais une relance pour l'Europe.

