Selon une étude de l’Uni

Une presse libre rend les marchés volatiles

20 Avril 2017 Par Jonas Mercier
«La liberté de la presse contribue de manière positive à ce que les économistes appelleraient une ‘bonne’ volatilité des marchés boursiers», argumente le Professeur Thorsten Lehnert.
«La liberté de la presse contribue de manière positive à ce que les économistes appelleraient une ‘bonne’ volatilité des marchés boursiers», argumente le professeur Thorsten Lehnert. (Photo: Wikimedia commons)

À quelques jours de la journée mondiale de la liberté de la presse, qui sera célébrée le 3 mai, une étude menée par deux chercheurs de la Luxembourg School of Finance montre qu’une presse libre contribue à une «bonne» volatilité des marchés boursiers, a indiqué jeudi l’Université du Luxembourg.

Si la finance et le journalisme n’ont pas beaucoup de points communs, ils semblent être dépendants l’un de l’autre. C’est du moins ce que révèle une étude du Professeur Thorsten Lehnert et de la doctorante Sara Abed Masror Khah, tous deux chercheurs à la Luxembourg School of Finance.

Dans un article intitulé «Press Freedom and Jumps in Stock Prices» et publié dans la revue scientifique «Economic Systems» du mois de mars, les deux scientifiques concluent en effet que la libre circulation de l’information dans un pays peut provoquer davantage de volatilité sur le marché financier, «en raison d’une hausse plus fréquente des prix des actions».

«Ce n’est pas un argument contre la liberté de la presse»

Rien d’extraordinaire, a priori, que les marchés assimilent plus rapidement l’actualité économique si celle-ci circule librement. À l’inverse, le contrôle des médias par les gouvernements ne peut que diminuer la réactivité des bourses. Mais l’étude démontre par ailleurs que cette volatilité des transactions financières est bénéfique à l’économie.

«La liberté de la presse contribue de manière positive à ce que les économistes appelleraient une ‘bonne’ volatilité des marchés boursiers. Il s’agit par exemple de conditions favorables incitant les entreprises à prendre des risques qui sont nécessaires pour une croissance économique», explique Thorsten Lehnert.

«C’est pourquoi il ne faut pas interpréter [les conclusions de cette étude] comme un argument contre la liberté de la presse.»

La Grèce, la Hongrie et le Luxembourg

Pour justifier leurs dires, les auteurs de l’étude ont analysé le rapport entre la liberté d’information, mesurée par le classement mondial de la liberté de la presse (PFI) de Reporters sans frontières, et les «caractéristiques boursières» de 50 pays.

Les corrélations sont, selon eux, particulièrement visibles dans le cas de la Grèce et de la Hongrie. Entre 2009 et 2013, ces deux pays ont été gravement touchés par la crise, alors que leur PFI a dégringolé dans cette même période de 64 places pour le premier et de 41 places pour le second.

En revanche, le Luxembourg, pays politiquement stable et moins touché par la crise, occupait la 20e place en 2009 et la 4e en 2013. Les auteurs de l’étude oublient toutefois de rappeler que, si en 2014, le Luxembourg s’est maintenu dans le top 5 du classement, il a chuté à la 19e position en 2015 pour légèrement remonter en 2016 (15e). Sans incidence sur la croissance, semble-t-il.