Initiative Spaceresources.lu

Une mission économique «positive» aux États-Unis

Après quatre jours passés entre Seattle et San Francisco à rencontrer des acteurs du secteur spatial, le bilan serait bénéfique pour le Grand-Duché, selon les conclusions présentées par Étienne Schneider. Et devrait aboutir à l’implantation de nouvelles entreprises.

La dynamique engendrée depuis l’annonce de la volonté du Luxembourg d’être un acteur de tout premier rang dans l’industrie de l’exploitation des ressources spatiales ne se dément pas. Un peu plus d’un an après son officialisation, l’idée semble séduire de plus en plus d’acteurs. Notamment ceux présents sur la côte ouest des États-Unis. Ce n’est donc pas un hasard si deux des quatre entreprises ayant d’ores et déjà installé un quartier européen au Grand-Duché sont originaires de Seattle et de la Silicon Valley. Deux destinations justement au cœur de la mission économique organisée tout au long de la semaine écoulée.

Accompagné du couple grand-ducal héritier, Étienne Schneider (LSAP), ministre de l’Économie, aura multiplié les rencontres. Non pas pour convaincre du bien-fondé du projet luxembourgeois, mais bel et bien pour vanter les avantages du pays d’origine de SES. Et pour y parvenir, le ministre n’a pas lésiné sur les annonces. Car de projet basé sur le space mining, Spaceresources.lu est désormais présenté comme un projet de recherche et développement «pour le bien-être de l’humanité». De projet national à visée économique, l’initiative doit désormais aussi être le fer de lance d’une réforme du droit international dans le domaine spatial «pour l’adapter aux réalités d’aujourd’hui».

Détermination confirmée

L’avis mitigé du Conseil d’État, initialement prévu pour publication le 28 février dernier mais finalement rendu public la semaine passée, n’a ainsi en rien infléchi la détermination des autorités luxembourgeoises de mener à bien leur idée. Rappelant à l’envi que les Sages «n’ont pas rendu d’opposition formelle à l’article 1er du projet de loi» qui énonce l’ambition d’exploiter les ressources disponibles dans l’espace, les membres de la délégation veulent désormais passer à la vitesse supérieure.

La volonté de mettre sur pied une agence spatiale luxembourgeoise, financée via la mise en place d’un fonds d’investissement, apparaît ainsi comme une réponse aux différents objectifs de l’initiative Spaceresources.lu. Il s’agit en effet de permettre le développement d’une nouvelle niche pour l’économie luxembourgeoise via la venue de nouveaux acteurs novateurs, mais aussi la défense de la réputation de pays dynamique vendue par les autorités. Et de ce point de vue, les Américains ont semblé sous le charme.

Des portes qui s’ouvrent

Au point que la semaine écoulée a été l’occasion pour la délégation luxembourgeoise de se voir ouvrir les portes d’organismes privés ou étatiques habituellement fermés. Le plus spectaculaire étant la visite du centre de recherche Ames de la Nasa, institution anciennement dirigée par Simon «Pete» Worden, actuel membre du board de Spaceresources.lu. Un atout maître pour les Luxembourgeois qui se voient désormais en contact avec bon nombre de scientifiques actifs dans le domaine de la recherche spatiale, mais aussi avec certains entrepreneurs désireux de faire de l’espace leur nouveau terrain de jeu. Ce n’est donc pas un hasard si la Fondation B612, organisatrice de l’Asteroid Day, a annoncé son implantation au Grand-Duché ou si la Nasa multiplie les collaborations avec les autorités luxembourgeoises, comme c’est le cas sur le futur supercalculateur de l’Uni.

Faisant tous l’analogie entre l’état actuel du projet d’exploitation des ressources spatiales avec l’informatique au début des années 1980, «à savoir que cette industrie va révolutionner notre quotidien à tous, mais sans savoir encore comment», le consensus règne pour que l’essor de cette nouvelle industrie prenne la forme «d’un partenariat public/privé». En clair, l’utilisation d’une partie des fonds publics, mais aussi des infrastructures existantes au Luxembourg associée à des fonds privés, attirés par les bénéfices potentiels liés à l’extraction, la transformation et l’utilisation de matériaux ou de gaz présents dans les astéroïdes.

Nation branding 

Dans cette optique, plusieurs organismes de recherche luxembourgeois seront donc sollicités, comme le List, ou le SNT de l’Uni. Avec des retombées attendues à différents horizons, les premiers résultats concrets ne devraient pas intervenir avant une quinzaine d’années. Sur le plan politique, les choses devraient aller plus vite, Étienne Schneider ayant d’ores et déjà annoncé que la mise en place concrète de la future agence spatiale luxembourgeoise devrait intervenir «avant les élections» de 2018. Une manière pour lui de faire de ce projet un élément moteur d’une économie moins dépendante de la Place, mais aussi d’apposer sa marque sur la meilleure opération de nation branding réalisée depuis bien longtemps.

La prochaine étape sera la mise en place, dès la semaine prochaine, d’une visite au Japon du ministre de l’Économie. Au programme, des échanges non seulement avec l’agence spatiale nippone, mais aussi avec des responsables de l’agence des Émirats arabes unis. Cette rencontre sera une préparation à la mission économique annoncée en novembre prochain de membres du gouvernement japonais au Luxembourg, qui devrait voir la signature d’accords entre les deux pays, notamment dans le domaine spatial.