Conséquences du Brexit

Une facture à plus de 55 milliards pour les banques

30 Octobre 2017 Par Jean-Michel Hennebert
Les conséquences financières du Brexit s’annoncent élevées pour les banques implantées dans la City et désireuses de continuer à bénéficier du passeport financier européen.  (Photo: Licence C.C.)

La hausse de la présence sur le continent des établissements bancaires dédiés aux opérations de haut de bilan devrait aboutir à une augmentation conséquente de leur budget, selon une étude du cabinet de conseil en stratégie et organisation Eurogroup.

La perte annoncée du passeport financier européen pour les banques implantées dans la City à partir de mars 2019 devrait avoir de sérieuses conséquences financières. Non seulement sur l’économie britannique, mais aussi sur les banques d’investissement. À en croire une étude du cabinet de conseil Eurogroup, citée par Les Échos, la facture devrait s’élever à plus de 50 milliards de livres – plus de 56,6 milliards d’euros. Une somme qui servirait aussi bien à financer la multiplication des implantations sur le vieux continent qu’à compenser les transactions en euros hors Grande-Bretagne, comme exigé par Bruxelles.

Alors que la première opération devrait coûter «entre 10 et 15 milliards de livres» (entre 11,3 et 17 milliards d’euros), la seconde pourrait représenter un poids allant jusqu’à 40 milliards de livres - 45,4 milliards d’euros. Soit bien plus que l’ensemble de ce que ces banques d’investissement implantées à Londres génèrent de revenus en un an, estimé à 44 milliards de livres (49,9 milliards d’euros). Un scénario catastrophe auquel viendrait s’ajouter, selon les estimations du cabinet de conseil en stratégie et organisation, une baisse des ressources post-Brexit de l’ordre «de 20 à 30%».

Transfert annoncé de 15% des emplois de la City

En mai dernier, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, avait indiqué vouloir que les banques européennes présentes dans la City – telles que BNP Paribas, Deutsche Bank ou Société Générale - transforment leurs succursales en filiales, afin que ces entités disposent d’un capital suffisant sur le territoire britannique en cas d’aléas financiers. Un souhait qui aurait également des conséquences pour les établissements financiers, puisque toute filiale doit être capitalisée localement et de manière indépendante par rapport à sa maison mère.

Selon le cabinet de conseil en stratégie Boston Consulting Group, la réalisation d’une telle opération pourrait coûter quelque 40 milliards d’euros de capitaux supplémentaires. Face à la nouvelle donne qui devrait entrer en vigueur début 2019, plusieurs grandes banques d’investissement ont d’ores et déjà choisi de transférer une partie de leurs effectifs vers plusieurs villes européennes. Principalement Francfort, Paris et Dublin. La cité allemande devrait accueillir 2.850 nouveaux emplois via les transferts envisagés chez UBS, Goldman Sachs, Citigroup et Nomura, la capitale française pourrait en héberger 1.400 issus de HSBC et Société Générale, tandis que Dublin se verrait renforcée de 150 nouveaux personnels bancaires venus de Barclays Londres. Soit un total de 4.400 emplois, ce qui représente 15% des effectifs actuels de la City.

Pour sa part, Luxembourg ne figure pas sur la liste des villes européennes directement concernées par ces transferts. Fidèle à sa stratégie, le pays mise sur des arrivées de niches dans lesquelles les groupes internationaux tels Tokio Marine, AIG ou FM Global envoient principalement des responsables afin de répondre au besoin de substance des nouvelles structures. Selon les estimations de Nicolas Mackel, CEO de Luxembourg for Finance, ce sont quelque 3.000 emplois qui devraient être créés en lien direct avec le Brexit.