Romain Nati (CHL)

«Une année 2018 marquée par l’accréditation JCI»

01 Janvier 2019 Par Ioanna Schimizzi
«Sur nos 2.200 salariés, 1.200 ont reçu formation spécifique dans le cadre de l’accréditation JCI», explique Romain Nati.
«Sur nos 2.200 salariés, 1.200 ont reçu une formation spécifique dans le cadre de l’accréditation JCI», explique Romain Nati. (Photo: Nader Ghavami)

Directeur général du Centre hospitalier de Luxembourg (CHL), qui emploie 2.200 salariés, Romain Nati poursuit notre série d’entretiens sur les plus grands employeurs du pays.

L’année 2018 s’achève, elle a notamment vu le CHL être le premier hôpital du pays à obtenir l’accréditation de la Joint Commission International (JCI)...

Romain Nati. – «Nous l’avons obtenue au début du mois de juin. C’est un grand pas en avant pour le CHL et pour tout le secteur hospitalier du Luxembourg. C’est une référence mondiale de l’accréditation médicale, plus de 600 hôpitaux sont accrédités dans le monde, et 25 au Benelux.

Plus de 1.100 éléments ont été interrogés, et nous l’avons obtenue avec un taux d’accomplissement de 98%. Tout est examiné, de la prise en charge du patient à la sécurité de nos infrastructures, en passant par le circuit du médicament. Les relations avec les familles, les droits des patients sont très importants. Bien sûr, il y a beaucoup de choses que l’on faisait déjà, mais il y avait des choses à ajuster.

Comment s’est déroulée cette accréditation?

«Nous l’avons préparée durant trois ans, nous avons réalisé un audit à blanc en octobre 2017. Dans une telle accréditation, on forme une chaîne qui est aussi forte que son maillon le plus faible, c’est un effort qu’il faut faire ensemble. Sur nos 2.200 salariés, 1.200 ont reçu une formation spécifique, nous avons élaboré des brochures pour rappeler les points importants, les réflexes, etc. Par ailleurs, si nous effectuons une sous-traitance pour différentes activités, il faut que sa qualité soit au même niveau. 

Trois auditeurs de la JCI sont venus durant une semaine. Ils ont fait un contrôle des procédures écrites, sont allés sur le terrain vérifier leur diffusion et leur respect. Ils regardent aussi la tenue des dossiers. Cela nous a permis de créer une dynamique qui continue après l’accréditation, il n’y a aucun relâchement.

D’autres projets sont également intervenus au sein du CHL en 2018?

«Nous avons notamment introduit un robot chirurgical multidisciplinaire, que nous présenterons au public en ce début d’année. En juin, nous nous sommes équipés d’un pet scan numérique, le plus moderne au monde. Les autres hôpitaux y ont accès, car nous abritons au sein du CHL le centre national pet scan, et la loi hospitalière le prévoit comme un équipement unique dans le pays. C’est un appareil d’imagerie médicale qui permet de faire le bilan, notamment en oncologie, mais aussi en neurologie. Il a nécessité un investissement de 2,4 millions d’euros et est beaucoup plus performant, avec une meilleure résolution.

Quels sont les grands projets prévus pour 2019?

«Nous allons notamment poursuivre notre projet [email protected] (dossier du patient mutualisé informatique), que nous menons en partenariat avec le Chem (Centre hospitalier Émile Mayrisch). Il s’agit d’un outil informatique nécessitant un investissement de 6,81 millions d’euros, qui couvrira tous les aspects de la prise en charge du patient. Le nouveau gouvernement a écrit dans son nouvel accord de coalition qu’il veut encourager la mise en place d’un système informatique hospitalier unique, et je pense que là nous sommes sur la bonne voie.

Une bonne centaine de collaborateurs sont mobilisés de part et d’autre du CHL et du Chem. Cela fait environ deux ans que l’on échange avec le Chem, nous avons choisi ensemble le logiciel, réalisé le cahier des charges, etc. Désormais, nous sommes dans la pratique de la mise en place du logiciel. Ce qui nous a convaincus, c’est que notre input est très grand, on peut vraiment le paramétrer selon nos besoins et selon les spécificités luxembourgeoises. Notre but est aussi de devenir ‘paperless’, et dans notre nouveau bâtiment nous n’avons pas prévu de stocker du papier.

Justement, concernant ce nouveau bâtiment, l’exécutif avait validé avant les élections législatives l’avant-projet sommaire définissant sa construction, quand les travaux débuteront-ils?

«La loi de financement doit d’abord être votée à la Chambre, prévisiblement dans le courant de 2020. Nous espérons commencer les travaux en 2021 et ouvrir le ‘Nouveau Bâtiment Centre’ en 2024. L’investissement est d’environ 500 millions, dont un financement de 360 millions directement pris en charge par le budget de l’État.

Quelle est votre analyse du secteur médical au Luxembourg?

«Il faut d’abord constater que l’on a bien progressé lors de la dernière mandature dans le domaine de la santé, notamment avec la nouvelle loi hospitalière. Je pense que le nouveau ministre Étienne Schneider va maintenant consolider et faire vivre cette loi, et encourager notamment le développement de réseaux de compétences. Il faut également continuer à permettre l’accès de tous les résidents aux soins, et prendre les mesures nécessaires pour que le recrutement de médecins et de professionnels de santé soit aussi assuré dans l’avenir. Il faut qu’à l’échelle européenne, le Luxembourg reste attractif et compétitif, d’où l’intérêt de l’accréditation JCI qui nous permet d’avoir une renommée au-delà de nos frontières.

La formation des médecins risque de devenir un problème dans les années à venir. C’est un bon point d’avoir développé au Luxembourg la formation de base des études médicales, où un bachelor sera proposé alors qu’à l’heure actuelle il s’agit seulement d’une première année.

Quel est votre point de vue sur l’économie luxembourgeoise en général?

«S’il n’y a pas de crise qui s’annonce, il y a beaucoup de points d’interrogation actuellement, qui font que la vigilance est de mise. Nous suivons quasiment heure par heure l’actualité du Brexit. Si jamais il y a un ‘no deal’, on ne sait pas quelles seront les conséquences pour l’économie européenne, voire pour l’économie luxembourgeoise. Les effets de la politique américaine à moyen terme sont aussi difficiles à prévoir.

Donc il faut être prudent. 2019 ne sera peut-être pas aussi tranquille que les années précédentes, mais à cause du contexte international. Le contexte politique national fait, lui, preuve d’une certaine stabilité, le gouvernement est en pleine continuité du précédent, et faire valoir une continuité a toujours été une force pour le Luxembourg.»