Henry Delescaut (AVTERML)

«Un résultat tangible de notre action»

17 Juillet 2017 Interview par Frédéric Antzorn
Henry Delescaut
Henry Delescaut: «Clairement, nos relations avec le gouvernement luxembourgeois et notamment le ministre François Bausch sont excellentes». (Photo: DR)

Le président de l’Association des voyageurs du TER Metz-Luxembourg (AVTERML), Henry Delescaut, accueille avec satisfaction l’annonce de 12 nouveaux TER sur la ligne Nancy-Luxembourg d’ici 5 ans. Tout en espérant que des avancées puissent intervenir en matière de télétravail et de covoiturage, pour éviter la saturation tant de la route que du rail d’ici là.

Monsieur Delescaut, la région Grand Est vient d’indiquer la mise à disposition, d’ici 2022, de 12 nouveaux TER sur la ligne reliant Nancy à Luxembourg. Comment votre association a-t-elle accueilli cette annonce?

«C’est une très bonne nouvelle, même si on en avait déjà eu vent par des voies officieuses depuis deux mois. On y perçoit un résultat tangible de notre action. Depuis que l’association existe, en décembre 2015, nous n’avons eu de cesse d’interpeler la région sur le fait qu’on était dans une situation où il n’y avait plus assez de trains pour faire voyager les 12.000 abonnés de notre ligne dans des conditions de dignité suffisantes.

Maintenant, il faudrait voir le calendrier de mise en place de ces trains, et résoudre le problème de la suroccupation du sillon qui est flagrante puisqu’il n’y a simplement plus la place aujourd’hui pour nos trains sur les rails car – je le rappelle – nous partageons ce corridor ferroviaire entre les TER, les TGV et les trains de fret.

Le gouvernement luxembourgeois a pris la mesure de la situation

Henry Delescaut - Président de l’AVTERML

Et il est malheureusement prévisible que la proportion du fret augmente de manière significative dans les mois et les années à venir avec l’aboutissement de la plateforme de fret multimodale de Bettembourg.

Mais 2022, c’est tout de même loin. Quelles sont les mesures qui, selon vous, pourraient être prises d’ici là pour améliorer le confort de la circulation des passagers de ces TER transfrontaliers?

«Comme nous le disons souvent, nous sommes aujourd’hui victimes de trente ans de laisser-aller et d’inconséquence des décideurs politiques, d’un côté comme de l’autre de la frontière.

On s’est déjà aperçu il y a quelque temps que le gouvernement luxembourgeois avait pris la mesure de la situation et est en train d’effectuer les travaux – assez titanesques – pour remédier à ces problèmes de son côté.

On s’aperçoit aussi que petit à petit il y a une prise de conscience au niveau français, notamment de la région Grand Est, sur la problématique ferroviaire et les solutions à y apporter. Ce sont toutefois des solutions à moyen terme qui ne vont pas donner satisfaction dans un avenir proche. Autrement dit, nous en avons encore pour cinq ans. Et d’ici là, le nombre de voyageurs va continuer à croître de manière au moins égale à ce qu’il fait actuellement, à savoir d’une dizaine de pourcents par an.

La solution à court ou à moyen terme va devoir passer par le développement de solutions alternatives

Henry Delescaut - Président de l’AVTERML

Donc si je calcule bien, dans cinq ans, on aura 50% de voyageurs en plus, ce qui fait qu’il y aura 6.000 personnes de plus dans le TER. Et ce ne sont donc pas les 2.600 places offertes par la région par l’intermédiaire de ces nouveaux trains qui vont solutionner le problème.

La solution à court ou à moyen terme va dès lors devoir passer par le développement de solutions alternatives. Il va falloir trouver une solution pour à la fois enlever des gens de la route, et enlever des gens des rails pour pouvoir faire passer tout le monde. Même si elles sont un peu en dehors de notre champ d’action habituel, il y a deux solutions qui nous paraissent intéressantes.

La première, c’est le télétravail, même s’il demeure encore quelques obstacles légaux côté luxembourgeois, mais qui – vu la prise de conscience du gouvernement luxembourgeois – pourraient rapidement être levés.

Il existe à mon sens une deuxième piste qu’il est urgent de mettre en place, qui est le covoiturage. On observe en effet que chaque fois que l’on prend l’A31 aux heures de pointe, 9 voitures sur 10 sont occupées par une seule personne.

Donc, effectivement, il y a quelque chose qui nous semble perfectible. Même si, encore une fois, ce n’est pas notre champ d’action, on se sent partie prenante et acteur engagé dans la promotion du covoiturage aujourd’hui. Parce que c’est la solution à court terme qui permettrait d’alléger la fréquentation de la ligne.

Vous êtes en contact avec les pouvoirs publics aussi bien français que luxembourgeois. Vous prête-t-on la même oreille de part et d’autre de la frontière ou est-il plus simple de discuter avec un interlocuteur plutôt qu’un autre?

«Alors clairement, nos relations avec le gouvernement luxembourgeois et notamment le ministre François Bausch sont excellentes. Nous avons son oreille quand on a besoin de lui parler, et il a la nôtre et se réfère régulièrement à nous.

Le système français est totalement différent. On est dans une structure très hiérarchisée, très centralisée, où il est extrêmement difficile d’obtenir ne serait-ce qu’une conversation téléphonique avec un interlocuteur, comme Philippe Richert, le président de région par exemple.

Hormis un débat télévisé, je n’ai jamais eu la possibilité en tant que président de l’association des usagers du sillon lorrain de m’adresser à lui de vive voix, alors que je discute très régulièrement avec François Bausch pour évoquer des problèmes de mobilité en général et de train en particulier.

Quand je veux avoir une personne responsable à la région Grand Est, c’est très compliqué parce que je suis obligé de passer par tout un tas d’intermédiaires et que je n’arrive que péniblement à joindre de temps en temps Monsieur Valence, le président de la commission des transports du Grand Est.

Je trouve dommage que la région Grand Est manque son rendez-vous avec ses usagers

Henry Delescaut - Président de l’AVTERML

Je le regrette, car je constate clairement qu'en ayant des contacts faciles et rapprochés avec les décideurs, il est beaucoup plus simple de s’entendre sur des points précis, de faire passer des messages et d’en recevoir.

Aujourd’hui, la région Grand Est ne communique absolument pas en dehors de ses canaux officiels, de son site internet et, de manière homéopathique, quelque fois sur Twitter. Et je trouve cela très dommage parce que les mesures qui viennent d’être décidées en conseil régional en matière de TER, on en avait entendu parler par la bande, mais pas de manière officielle. C’est dommage, parce que c’est l’intérêt de la région de communiquer là-dessus et de dire ‘voilà ce qu’on fait pour vous’.

Aujourd’hui, on a nettement l’impression que la région ne fait rien. Or, elle fait quelque chose. On le sait parce qu’on y a des contacts officieux qui nous permettent de dire que oui, officiellement, Philippe Richert – le président de région – est conscient d’au moins une partie des problèmes et travaille pour les résoudre.

Je vais prendre pour exemple la mise en place du système de sécurité ERTMS qui était totalement bloquée sous Jean-Pierre Masseret, son prédécesseur, et qui a été débloquée instantanément à partir du moment où Monsieur Richert est arrivé aux affaires à la région parce qu’il connaissait le problème et qu’il a mis en œuvre ce qu’il fallait pour que cela puisse se faire dans des conditions de temps et de délais respectables, et surtout acceptables.

Et je trouve donc dommage que la région manque son rendez-vous avec ses usagers parce qu’elle ne communique pas de manière transparente.»