Blanche Weber (présidente du Mouvement écologique)

«Un débat de fond n’a pas encore eu lieu»

24 Octobre 2017 Par Jonas Mercier
Blanche Weber, présidente du Mouvement écologique
«On devrait discuter davantage du cadre politique à donner à la digitalisation», estime Blanche Weber, la présidente du Mouvement écologique. (Photo: Mouvement Écologique)

Alors que les représentants de la société civile doivent être reçus au Parlement jeudi en vue du débat de consultation prévu pour mi-novembre concernant l’étude stratégique de Jeremy Rifkin, le Mouvement écologique regrette l’absence d’une réflexion de fond sur le développement durable du pays.

Mme Weber, un an après la publication de l’étude Rifkin, peut-on déjà observer un effet tangible des conclusions de cette réflexion dans la société luxembourgeoise?

«En tant que Mouvement écologique, nous avons une double analyse. D’une part, il faut dire que le processus a réussi à regrouper beaucoup de gens autour d’une table pour avoir une réflexion sur des outils concrets, ceci dans différents thèmes, tels que la construction durable, la politique énergétique et l’économie circulaire. Cette évolution est à saluer.

D’autre part, nous devons cependant constater qu’il n’y a pas eu de réflexion de fond sur le développement de notre pays. Comment assurer un modèle de société durable ne dépassant pas les ressources naturelles? Quel devrait être le modèle économique du futur? Quelles sont les visions de notre pays en ce qui concerne les aspects sociaux, notamment en relation avec la digitalisation, la justice sociale, etc.?

Insinuer que croissance continue et développement durable pourraient aller de pair est un leurre.

Blanche Weber, présidente du Mouvement écologique

Ce débat de fond n’a pas (encore) eu lieu. Donc, il y a un ‘gap’ éclatant entre la nécessité absolue d’avoir un débat de fond sur l’orientation du développement de notre pays et le processus Rifkin, tel qu’il est engagé.

Comment pourrait-on définir schématiquement la troisième révolution industrielle, selon la grille de lecture du Mouvement écologique?

«Actuellement, la question de comment nos entreprises peuvent se préparer aux innovations technologiques ou à l’économie circulaire est constamment posée, tout comme celle de la mise à profit de la digitalisation pour la mobilité ou la construction. Et c’est une chose nécessaire et louable.

À notre avis, on devrait pourtant discuter davantage sur le cadre politique à donner à la digitalisation, en ce qui concerne notamment son influence sur le monde du travail ou les échanges sociaux, afin d’assurer une orientation politique des répercussions de la digitalisation sur notre société et d’en tirer des avantages sociétaux, et non seulement pour des acteurs économiques.

Quelle pourrait être la contribution concrète du Mouvement écologique pour la mise en place de ce nouveau modèle de société?

«Notre organisation se voit dans le rôle de thématiser les questions de fond et surtout d’insister sur les limites de la croissance économique. Comme beaucoup d’analystes au niveau européen, elle est convaincue que la croissance dite ‘qualitative’ est une chimère: certes, notre développement économique doit tenir compte de critères du développement durable, mais vouloir insinuer que croissance continue et développement durable pourraient aller de pair est un leurre.

De plus, notre organisation entend relever davantage des visions de développement de notre société, ceci notamment dans le cadre de notre 50e anniversaire en 2018.

Estimez-vous que la société civile, et plus particulièrement le Mouvement écologique, sont suffisamment impliqués dans le suivi et la mise en place de cette étude au Luxembourg?

«Je ne peux parler que pour notre organisation. En ce qui concerne le processus de l’année passée, on était bien associé. Il faut cependant dire qu’une asbl basée sur le bénévolat n’a pas les ressources de suivre en détail une multitude de groupes de travail, surtout techniques.

Ce sont surtout des acteurs adeptes de cette philosophie qui discutent entre eux…

Blanche Weber, présidente du Mouvement écologique

D’autant plus que les réunions ont lieu durant les heures de travail et que nos actifs ne peuvent y participer que de façon très limitée. Il faut une discussion sur la promotion du bénévolat au Luxembourg. Lors de la présentation officielle des résultats Rifkin par le gouvernement, en novembre, des acteurs ont discuté de la ‘croissance qualitative’ sans que la société civile ne puisse prendre parole. En fait, c’était surtout des acteurs adeptes de cette philosophie qui discutaient entre eux…»