Jean-Louis Six (ambassadeur de Belgique au Luxembourg)

Un «cousinage» entre la Belgique et le Luxembourg

20 Juillet 2018 Par Thierry Raizer
Jean-Louis Six, ambassadeur de Belgique au Luxembourg.
Jean-Louis Six entrevoit de nouvelles collaborations entre la Belgique et le Luxembourg dans le secteur spatial. (Photo: Jan Hanrion / Maison Moderne)

À la veille de la fête nationale belge, l’ambassadeur du royaume voisin du Luxembourg évoque les relations entre les deux pays, basées sur une confiance pragmatique.

Nichée dans la verdure d’Itzig, la résidence de l’ambassadeur de Belgique au Luxembourg est un cadre idéal pour recevoir des hôtes, qu’il s’agisse de ministres belges en visite ou de personnalités du monde politique et économique local.  

La traditionnelle réception donnée à l’occasion de la fête nationale belge – le 21 juillet – s’y déroulait justement jeudi soir, en présence de membres du gouvernement luxembourgeois: le Premier ministre Xavier Bettel, le vice-Premier ministre Étienne Schneider et la ministre à la Grande Région Corinne Cahen.

 

Un peu plus d’un an après son arrivée, Jean-Louis Six évolue en terrain ami. La communauté des expatriés belges au Luxembourg compte quelque 25.000 ressortissants et les deux pays sont liés de longue date.

«La Belgique représente le Luxembourg sur le plan économique ou consulaire partout où le Luxembourg n’est pas sur place. C’est une marque très forte de confiance. Les deux familles régnantes (la grande-duchesse Joséphine-Charlotte était Belge, fille du roi Léopold III, ndlr) se rencontrent aussi en public et en privé, c’est un des éléments-clés qui font que de chaque côté de la frontière une relation de cousinage est entretenue.»

Mobilité et fiscalité à plusieurs niveaux

La mandature actuelle aura été marquée, côté luxembourgeois, par une poursuite des rencontres avec le gouvernement belge: le traditionnel sommet Gaïchel. Le dernier en date s’est déroulé en novembre 2017 à Bruxelles, la planification du prochain (qui revient selon le principe tournant au Luxembourg) dépendra de l’issue des élections législatives du 14 octobre prochain.

Alors que l’ambassadeur Six parle de contacts basés sur un «a priori toujours positif», dans la recherche du consensus et avec une ligne directe vers les ministres luxembourgeois, les dossiers-clés avancent en permanence, sur différents niveaux, assure-t-il.

«Tous les dossiers restent sur la table. Le rôle de l’ambassade est d’alimenter Bruxelles en informations, d’expliquer parfois pourquoi le Luxembourg rencontre un problème avec un projet européen lorsqu’il concerne par exemple la surveillance des fonds d’investissement. Nous rapportons au ‘desk’ luxembourgeois de notre ministère des Affaires étrangères et les deux pays échangent techniquement sur les dossiers via la commission administrative belgo-luxembourgeoise.»

La mobilité, avec l’amélioration de l’offre du transport ferroviaire et le traitement fiscal des frontaliers belges, reste à l’agenda, mûrit en coulisses avant la décision politique, lorsque celle-ci tombe.

Logistique et espace 

Au sein d’une Grande Région ou autour d’un rayon plus concentrique qui entoure le Grand-Duché, de nouvelles collaborations sont possibles, assure l’ambassadeur, qui pense au secteur spatial, la logistique ou encore la formation dans les métiers du bois via l’Université de Liège. Celle-ci participe d’ailleurs, avec son équivalente luxembourgeoise, à l’idée de création d’une université européenne

«Je vois du potentiel dans le secteur spatial. Le Luxembourg a une vision claire sur ce qu’il veut faire d’ici 20 ou 30 ans, dispose de très bons opérateurs. Pour la logistique, nous disposons d’espaces pour bien intégrer ce qui se développe au Luxembourg qui a aussi besoin, pour sa plate-forme multimodale, d’acheminer des marchandises vers les ports belges.»

Le Brexit viendra peut-être renforcer la place de la Belgique et du Luxembourg pour des acteurs souhaitant garder un pied sur le territoire européen. Les élections de chaque côté de la frontière (communales en octobre 2018, régionales et fédérales en 2019 pour la Belgique) influeront aussi forcément sur les relations belgo-luxembourgeoises, bien que celles-ci soient placées sous le signe de la continuité.

Que peut-on souhaiter à la Belgique à la veille de sa fête nationale? «De continuer à se moderniser, de bien préparer le Brexit et nos scrutins électoraux. Nous devons aussi tenir compte des défis de la digitalisation, qui sont importants pour l’économie», pointe Jean-Louis Six.