Family office

Solutions à la carte

aujourd'hui Par Michaël Peiffer
Les services offerts par les family offices balaient toute la vie des familles.
Les services offerts par les family offices balaient toute la vie des familles. (Illustration: Maison Moderne)

Réglementée depuis 2012 au Luxembourg, l’activité de family office permet d’attirer de nouveaux clients à la recherche d’une expertise pointue et indépendante, au sein d’une place financière reconnue pour sa grande stabilité.

Au Luxembourg, n’est pas family office qui veut. La loi du 21 décembre 2012 a créé un cadre juridique pour cette activité, réservant la prestation de ces services à certaines catégories de professionnels réglementés. «Suite à la crise financière de 2008, la clientèle privée haut de gamme a perdu de nombreux repères. Stressée, anxieuse par rapport à la gestion de son patrimoine, elle a souhaité construire de nouvelles relations dénuées de tout conflit d’intérêts, en s’appuyant sur des conseillers qui travaillent exclusivement dans le but de préserver et de faire fructifier leur patrimoine», confie Frédéric Otto, CEO d’Arche Family Office, premier family office à avoir reçu l’agrément de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF) en janvier 2013.

De l’avis général, cette loi réglementant l’activité de family office constitue un avantage indéniable pour la place financière luxembourgeoise. «Sous la pression de l’OCDE et de la communauté internationale, le Luxembourg a connu un changement de paradigme rapide. Le secret bancaire, qui a contribué au développement de la place financière, a disparu. La clientèle a changé. Des individus et des familles fortunées issues du monde entier viennent aujourd’hui au Luxembourg pour que l’on veille sur leur patrimoine, non plus pour des raisons fiscales, mais parce qu’ils sont à la recherche d’une sécurité, à la fois politique, financière et juridique. Et, croyez-moi, l’activité de family office va se développer davantage à l’avenir», ajoute Éric Fort, partner in the tax law and private wealth practices chez Arendt & Medernach. À l’heure actuelle, 94 sociétés ont été autorisées à porter l’appellation de family office par la CSSF. «Précisons d’emblée que cette législation vise exclusivement les multi-family offices, qui offrent leurs services à plusieurs familles. Les single family offices, qui apportent du soutien à une seule famille, sont exclus du champ d’application de la loi, précise Frédéric Sauvage, directeur commercial de Bâloise Vie Luxembourg. Ceci n’empêche que la grande réussite de la loi de 2012 aura été d’encadrer l’activité et d’éviter que tout le monde puisse utiliser, voire galvauder, les termes de family office.»

Multiples facettes

La tâche classique et essentielle d’une telle structure est de protéger, préserver et développer à long terme la fortune d’une famille, transmise d’une génération à l’autre. À côté de la gestion de fortune, les domaines d’activité d’un family office peuvent comprendre l’élaboration d’une stratégie d’investissement et d’allocation d’actifs, la structuration de patrimoine, la planification successorale et la gestion des risques. Les fonctions d’administration comprennent principalement les activités de rapports, à fournir aux administrations ou aux membres de la famille. Les services qui ne portent pas du tout sur un actif financier, comme la gestion des immeubles, des collections d’art ou d’objets précieux, ne sont pas visés par cette loi. Sont également exclus du périmètre de la loi les accords de gestion immobilière familiale qui revêtent une autre forme juridique.

«Le métier va encore évoluer, précise Éric Fort. Environ 10.000 family offices sont répertoriés à travers le monde. Aux États-Unis, où l’activité est très développée, chaque family office propose sa propre spécialité. J’ai même vu un family office avec une antenne spécialisée dans la décoration de maisons…  Au Luxembourg, le métier est très orienté vers la finance, alors qu’il peut recouvrir bien d’autres dimensions.»

Dans la pratique, le family officer est souvent décrit comme le chef d’orchestre. Il allie une expertise sur des sujets tels que l’estate planning, l’allocation stratégique de portefeuille, ou encore le support à la décision, à des compétences plus fines. «L’écoute, l’empathie, la facilité à traduire des besoins parfois complexes en termes financiers et juridiques sont des éléments essentiels de notre métier, explique Thomas Peperstraete, head of family office chez Banque Degroof Petercam, pour la Belgique et le Luxembourg. Nous passons également beaucoup de notre temps à essayer de rendre ces mêmes concepts plus transparents pour nos clients afin que ceux-ci puissent faire les choix nécessaires à la conservation et à la croissance de leur patrimoine en toute quiétude. Nous sommes bien souvent au cœur de la galaxie des partenaires de nos clients, il nous faut donc savoir gérer des projets, faire le lien entre les intervenants et s’assurer qu’au bout du compte, le résultat est en ligne avec les attentes exprimées.»

Sélectionneur de talents

Au quotidien, le family officer doit être capable de sélectionner les meilleurs partenaires pour organiser et gérer le patrimoine de leurs clients. «Nous jouons le rôle de conseillers et de confidents. Nous sommes aux côtés de nos clients, et non pas en face d’eux, ajoute Frédéric Otto, CEO d’Arche Family Office. En plus d’être un sélectionneur de talent, le family officer doit aussi constamment innover, se montrer créatif. Chez Arche, nous développons par exemple des relations avec la Banque nationale du Canada à Montréal, reconnue comme la meilleure banque pour son offre de produits structurés en Amérique. L’idée est de proposer de nouveaux produits, de nouveaux concepts, de présenter des solutions validées par des juristes de renom, dans le respect des normes.»

Grâce à l’émergence de cette nouvelle catégorie de professionnels du secteur financier, les clients fortunés, venus d’Europe ou du reste du monde, trouvent des interlocuteurs capables de répondre à leurs besoins les plus divers. «Le family officer va mettre en compétition différents acteurs et aider son client à faire les meilleurs choix, reprend Frédéric Sauvage. Cette mise en compétition est un élément fondamental du métier. Globalement, certaines familles adoptent un comportement d’institutionnels, qui permet d’objectiver davantage les relations entre la famille, les banques, les assureurs et les autres intervenants financiers. Cela passe par une analyse de la part du family officer, plus poussée que celle que ferait la famille, et aboutit à la production d’un résultat beaucoup plus professionnel, tant pour les  rapports que pour la performance financière.»

Si le profil de la clientèle a beaucoup évolué – vers le haut – ces dernières années, la complexité des dossiers a suivi la même tendance. D’une part, le Luxembourg accueille de plus en plus de familles qui résidaient auparavant hors des frontières de l’Union européenne, en quête d’une localisation sûre. D’autre part, la plupart des familles sont aujourd’hui éparpillées à travers le monde. «Les enfants vivent à l’étranger, les familles sont recomposées, constate Éric Fort. Le monde change et les questions à traiter sont de plus en plus complexes. Par le passé, le chef de famille qui construisait sa fortune était accompagné tout au long de sa vie par l’avocat qu’il avait connu à ses débuts. Aujourd’hui, cela devient difficile pour un petit cabinet de traiter tous les sujets. C’est l’avantage d’une grande structure comme la nôtre. Nous avons des équipes qui maîtrisent toutes les facettes du conseil juridique et fiscal. Il est d’ailleurs salutaire de travailler avec des family offices professionnels, qui connaissent leur métier et leurs clients.»

Une approche long terme

L’offre de services family office est adaptée au client, indépendante et à la hauteur des objectifs que le client fixe au préalable, et ce afin de pouvoir garantir une approche à long terme. «Nos clients sont hautement sophistiqués, ils ont été des chefs d’entreprise ou le sont encore, des personnes actives dans le monde qui nous entoure et qui en comprennent les enjeux, détaille Thomas Peperstraete. Par contre, il y a des aspects qui n’évoluent que très peu, et le métier y trouve son ancrage. Les questions posées par nos clients sont centrées autour des mêmes interrogations qu’il y a des décennies: ‘Quid de mon avenir, de celui de ma famille, de mes enfants, du monde qui m’entoure (philanthropie...), quelles sont mes opportunités, où résident mes risques, comment puis-je transmettre mon patrimoine matériel et immatériel?’ Le profil d’investissement est tout d’abord établi en collaboration avec la personne concernée (objectifs, résultats à atteindre, timing, scénario idéal pour les futures générations). Il est ensuite examiné pour évaluer comment atteindre les objectifs fixés en appliquant des techniques d’investissement spécifiques, telles que le goals-based investment et l’impact investment.»

Les nouveaux family offices s’institutionnalisent. Les processus, les méthodes de choix des partenaires privilégiés et la gestion des conflits d’intérêts doivent être documentés. «Le plus important, au final, est que le family office soit indépendant, à l’abri de tout conflit d’intérêts, dans l’esprit de la loi de 2012», conclut Frédéric Otto. Dans l’ombre de leurs clients fortunés, les family offices luxembourgeois contribuent à étoffer les services offerts et à en augmenter la qualité, dans un cadre parfaitement réglementé. 

Autorisation
La loi ne concerne pas tout le monde
Les professionnels qui peuvent exercer l’activité de family office sans autorisation préalable de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF) sont les suivants: établissements de crédit, conseillers en investissement, gérants de fortune, professionnels du secteur financier spécialisés agréés comme domiciliataires de sociétés, professionnels du secteur financier spécialisés agréés comme professionnels effectuant des services de constitution ou de gestion de sociétés, avocats à la Cour, notaires, experts-comptables, réviseurs d’entreprises et réviseurs d’entreprises agréés, professionnels du secteur financier spécialisés approuvés comme family office.