Finance verte

Shanghai connection

02 Novembre 2017 Par Jean-Michel Lalieu
Robert Scharfe, Bourse de Luxembourg
«Ce sont à chaque fois des pas importants pour créer un pont entre les deux marchés», se félicite Robert Scharfe. ( Photo : Jessica Theis / archives )

La Bourse de Luxembourg multiplie les collaborations avec les bourses chinoises dans la finance verte. De retour de Shanghaï, son CEO, Robert Scharfe, nous explique les futurs développements.

Depuis le lancement du Luxembourg Green Exchange (LGX) à la fin septembre 2016, la Bourse de Luxembourg poursuit ses efforts par rapport aux enjeux de la finance verte et responsable. Après un nouveau voyage en Chine à la fin du mois de septembre avec le ministre des Finances, Pierre Gramegna, son CEO, Robert Scharfe, a ramené un nouvel accord avec la Bourse de Shanghaï. Il vise la création d’un green bonds channel entre la Chine et le Luxembourg. Il ne sera pas encore possible d’investir directement dans les instruments verts chinois depuis Luxembourg, mais l’idée est de pouvoir afficher de l’information sur les obligations vertes chinoises au niveau du LGX. «Les informations seront transmises en anglais. Les investisseurs pourront donc s’informer sur ces produits pour ensuite investir par les voies autorisées par la Chine à cet effet», explique le patron de la bourse grand-ducale.

Depuis l’installation du LGX, la Bourse de Luxembourg a déjà fait beaucoup d’efforts pour renforcer les canaux d’information entre les deux marchés, qui sont aussi les deux Places les plus importantes en matière d’investissements verts. En mars dernier, elle avait signé un accord avec la Bourse de Shenzhen, la seconde de l’empire du Milieu, pour la publication simultanée de trois indices basés sur des obligations vertes. Une première étape afin d’informer les investisseurs occidentaux sur les produits verts chinois. Un second a ensuite été ratifié en mai concernant deux indices avec la Bourse de Shanghaï. Et lors de ce récent voyage, les responsables du Luxembourg Stock Exchange ont encore négocié l’affichage simultané de l’indice CSI 100 Green Leading Stock Index, composé cette fois d’actions vertes de 100 entreprises chinoises. Cet indice, délicat à élaborer, étant donné la difficulté de définir la notion d’«entreprise verte», a été développé conjointement par l’International Institute of Green Finance (université centrale des finances et de l’économie de Pékin) et la China Securities Index Company (filiale commune des bourses de Shanghaï et Shenzhen).

Un marché mondial

«Ce sont à chaque fois des pas importants pour créer un pont entre les deux marchés», se félicite Robert Scharfe. Il admet toutefois qu’avant de faire confiance aux produits financiers chinois on puisse s’inquiéter de leur écart éventuel avec les standards internationaux. Une étude est d’ailleurs en cours sur le sujet, elle est menée conjointement par la Banque européenne d’investissement et la Banque centrale chinoise. Ses résultats devraient être délivrés lors de la COP23 sur le climat, qui se déroule à Bonn, en Allemagne, au cours de la première quinzaine de novembre. «Mes contacts fréquents avec la Chine me rendent optimiste, confie le CEO de la Bourse luxembourgeoise. Je pense que nos critères sont assez proches et que parfois, même, les standards chinois sont plus stricts que les internationaux.»

À terme, la communauté internationale voudrait pouvoir définir un cadre global qui fonctionnerait sur base des mêmes critères partout dans le monde. Pour faire un pas dans cette direction, l’Union européenne tente, de son côté, l’élaboration de standards communs pour les «28» dans la finance verte. Elle a mis sur pied un groupe de 20 experts (dont fait partie Julie Becker, membre du comité de direction de la Bourse de Luxembourg, ndlr) qui devra faire des recommandations à la Commission en vue de mettre en place un cadre réglementaire pour encourager le développement de la finance verte en Europe.

C’est que, si on en parle beaucoup, la finance verte, même en progression constante, n’atteint encore qu’une faible part des investissements mondiaux.

Actuellement, les obligations vertes ne représentent que 1% de l’endettement global. «Les acteurs, qu’il s’agisse des fonds souverains, des entreprises privées ou des investisseurs, restent trop timides par rapport à ce type d’investissements qui, à l’avenir, devraient pourtant offrir de meilleures performances», observe encore M. Scharfe. Et l’offre trop limitée n’est, selon lui, pas une excuse. «Si les investisseurs réclament des produits financiers verts, le marché suivra.»