Débat à la Chambre

Rifkin renvoie aux défis du pays

27 Octobre 2017 Par Thierry Raizer
Débat public sur Rifkin à la Chambre
Les pistes envisagées sont partagées par de nombreux acteurs. Reste à les faire concorder aux impératifs sociaux et légaux. (Photo: Chambre des députés)

Représentants patronaux, syndicaux et de la société civile se sont succédé jeudi à la Chambre pour partager leur vision sur les suites à donner au projet Rifkin. Ou comment tirer profit du concept de troisième révolution industrielle, autour de la numérisation, pour juguler les défis du pays.

Parmi les intervenants invités jeudi, l’Union des entreprises luxembourgeoises et la Chambre des métiers ont livré leurs pistes quant au développement futur du pays, partant d’une part des chiffres actuels de la croissance et d’autre part de la volonté de définir un autre modèle de croissance.

Les représentants du patronat ont d’emblée laissé apparaître des paradoxes du système luxembourgeois actuel, conséquence d’un succès économique sans pareil: une explosion démographique, une importation de main-d’œuvre croissante, des besoins importants en matière d’infrastructures de transports… Et pourtant, «cette croissance extensive ne suffit pas pour garantir la soutenabilité du régime général d’assurance-pension», souligne l’UEL, recoupant le constat exprimé durant cette même journée par le Conseil national des finances publiques. Le Luxembourg risque en effet, à terme, d’être confronté à une augmentation importante de sa dette pour faire face aux coûts liés au vieillissement de sa population et au paiement des pensions. Un point d’alerte régulièrement souligné par les agences de notation lors de leur revue du Luxembourg. 

Gagner en productivité

Autre paradoxe à nouveau souligné par le patronat: les gains faibles ou nuls en matière de productivité. «Nous travaillons plus, mais pas mieux», note l’UEL, chiffres à l’appui.

Le patronat réclame dès lors de changer d’optique et de prendre le chemin vers «une croissance intensive et qualitative en diminuant les externalités négatives», autrement dit davantage de travail indigène et un recours mesuré aux frontaliers. Un modèle qui permettrait «d’alimenter le progrès social et non le ‘système boule de neige’ actuel.»

Penser TIR

Pour y parvenir, les responsables politiques et la société civile doivent donc repenser la manière d’envisager le futur du pays par le prisme de la troisième révolution industrielle (TIR), mue par la numérisation de l’économie et, plus largement, des dynamiques de notre société.

«Le Luxembourg dispose de nombreux atouts pour mener à bien la transition TIR», indique l’UEL dans sa présentation adressée aux députés. L’esprit d’innovation et surtout la réactivité, dont a pu faire preuve le pays par la conjonction de ses forces vives, doivent donc prévaloir ici aussi. À l’instar de l’adoption rapide de directives européennes qui peuvent profiter à la Place, le Luxembourg doit profiter de son ouverture à l’international pour capter les bonnes idées et s’en inspirer.

La révolution numérique, la convergence entre produits et services nécessiteront toutefois un soutien aux entreprises établies (notamment pour trouver les profils ad hoc) tout en encourageant l’émergence de jeunes pousses (start-up).

Objectifs partagés

Économie circulaire, quartiers intelligents, internet de l’énergie… Les axes de travail proposés par l’UEL font partie des pistes régulièrement évoquées par les acteurs économiques et le gouvernement pour envisager la transition économique du Luxembourg.

Reste donc à résoudre des enjeux sur plusieurs niveaux:

  • La flexibilité du marché de l’emploi;
  • La gestion des ressources pour gagner en productivité;
  • Être ouverts aux nouveaux modèles tout en maintenant des règles identiques pour tous les acteurs.

État, législation et gouvernance devront aussi être revus en fonction de la TIR, estime l’UEL.

Préalablement à ce débat, le Conseil supérieur pour un développement durable avait présenté mardi son avis sur l’étude Rifkin. Son président Francis Schartz a notamment demandé des propositions chiffrées pour avancer vers la TIR, ainsi qu’un travail davantage transversal au niveau des ministères.

Le mouvement écologique réclame quant à lui un débat de fond, alors que l’OGBL veut faire concorder gain de productivité et plus-value pour chaque individu.