Édito septembre/octobre 2018

Responsabilité et clarté

20 Septembre 2018 Par Matthieu Croissandeau

Rude temps pour la presse… Après avoir connu les affres de la disruption, l’illusion de la gratuité et les ravages du pillage, la voici aujourd’hui confrontée à une vague de critiques sans précédent. Accusés d’être à la fois déconnectés des réalités et manipulés par les puissants, les journalistes sont dans la ligne de mire. Leurs écrits se perdent bien souvent dès leur publication dans l’océan saumâtre des réseaux sociaux, noyés entre les rumeurs et autres «fake news»…

Il serait bien sûr grotesque de faire ici le procès d’internet ou de la révolution numérique. Le premier est un outil extraordinaire et la seconde une formidable opportunité. Mais si ces deux facteurs ont permis aux éditeurs de presse d’accroître considérablement leurs audiences, ils les ont aussi exposés à une concurrence débridée. Caché ou non derrière son écran, chaque internaute est devenu un émetteur d’informations en puissance pour révéler un fait, donner son avis et parfois raconter… n’importe quoi! Jamais dans l’histoire de l’information moderne on n’avait connu une telle avalanche. 

La défense et la promotion du journalisme de qualité sont donc devenues en quelques années un enjeu essentiel pour y résister. Non par réflexe corporatiste ou parce que la voix d’un titulaire de la carte de presse compterait plus que celle d’un autre. Mais parce qu’à l’heure des campagnes de haine et d’intox, de la recherche permanente du «like» et du «buzz», le journalisme professionnel offre la garantie d’une information sourcée, vérifiée et décryptée. Et dans le jeu démocratique, il a évidemment un rôle à jouer. C’est dans cet esprit que Paperjam a choisi de donner la parole aux candidats qui ambitionnent de gouverner le pays après le 14 octobre prochain, en leur offrant de détailler leur point de vue sans être à la merci de raccourcis ou de petites phrases, pour permettre à nos lecteurs de se forger un avis plutôt que de leur assener une vérité. 

C’est la force de la presse écrite que de pouvoir mettre l’actualité en perspective. C’est pourquoi il est important de la soutenir plus que jamais. Et de rappeler aux futurs législateurs qu’ils auront la responsabilité d’adopter au plus tôt la proposition de réforme des aides à la presse issue de plusieurs mois de travail collectif et constructif. De leur côté, les journaux ont aussi le devoir de progresser chaque jour en qualité, c’est-à-dire en exclusivité et en clarté. C’est le choix que nous faisons cette année en rappelant dans une charte nos principes, nos valeurs et notre identité: 

«Maison Moderne est un éditeur indépendant qui ne sert aucun intérêt partisan, politique, syndical ou religieux. Attaché à la modernisation et au rayonnement du Luxembourg, il porte un regard affûté, constructif et ouvert sur les enjeux nationaux, comme sur la vie des affaires, se fait l’écho de ses succès, mais sait se montrer critique sur ses errements, ses échecs, ou ses excès. Sa ligne éditoriale est résolument démocrate, européenne, libérale sur un plan économique et sociétal. Elle ne s’inscrit ni dans la révolution ni dans la conservation, mais se place résolument dans le camp du progrès et de ses avancées.»

Ces quelques lignes ne surprendront sans doute pas les lecteurs fidèles et toujours plus nombreux de Paperjam. Mais en ces temps de grande confusion, il n’est jamais inutile de les rappeler!