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Resistant, un fonds «crypto-friendly»

24 Septembre 2018 Par Jonas Mercier
L’une des conditions imposées par Resistant Fund à ses investisseurs est le blocage des fonds pendant au moins 12 mois, pour éviter d’être utilisés comme un simple moyen de sortir de l’argent issu de l’économie de la blockchain.
L’une des conditions imposées par Resistant Fund à ses investisseurs est le blocage des fonds pendant au moins 12 mois, pour éviter d’être utilisés comme un simple moyen de sortir de l’argent issu de l’économie de la blockchain. (Photo: Shutterstock)

Officiellement lancé ce mardi, Resistant Fund se présente comme la première alternative aux millionnaires en cryptomonnaies et aux start-up auteures d’ICO qui souhaitent investir leurs actifs virtuels dans l’économie réelle. Il ne s’agit toutefois pas d’un «cryptofonds».

À première vue, rien ne distingue Resistant Fund d’un autre fonds. Il investit en devises traditionnelles, dispose d’une banque dépositaire et d’une management company (ManCo), toutes les deux régulées au Luxembourg, et offre des rendements proches de ceux que proposent d’autres fonds du même type sur la Place.

Un détail le rend pourtant radicalement différent: il accepte les capitaux issus des cryptomonnaies. En d’autres termes, il accepte les euros ou dollars qui proviennent de transferts de plates-formes d’échange en cryptomonnaies, comme Bitstamp ou BitFlyer. Cette offre, qui n’existe pas encore formellement au Luxembourg (et sans doute nulle part ailleurs dans le monde), répond à un besoin bien réel dans le monde des monnaies virtuelles.

À l’heure actuelle, les millionnaires en cryptomonnaies n’ont en effet quasiment aucune option légale pour investir leur fortune virtuelle dans l’économie réelle. S’ils peuvent changer leurs bitcoins et autres ethereums en euros ou en dollars auprès de plates-formes dédiées, il leur est en revanche impossible de transférer la somme obtenue sur un compte bancaire.

Une réputation à garder

«Si vous avez une bonne relation avec votre banquier, vous pouvez sortir des petites sommes, mais dès que les montants grossissent, la banque est alertée et elle rompt la relation avec son client», explique Tahar Slimani, l’un des deux cofondateurs de Resistant Fund.

Risque de réputation, manque d’expertise pour analyser les risques… les banques traditionnelles préfèrent rester prudentes et refusent tout simplement d’être associées à l’univers des cryptomonnaies. «Nous sommes allés voir beaucoup d’établissements en France, en Suisse et au Luxembourg pour leur proposer de devenir la banque dépositaire de notre fonds, mais nous avons essuyé de très nombreux refus», confirme Tahar Slimani.

Une affirmation que Paperjam.lu a pu facilement vérifier en contactant plusieurs banques de la Place. La BGL BNP Paribas n’a tout simplement pas souhaité s’exprimer sur ce sujet, alors que la Société Générale a indiqué qu’elle n’exerçait aucune activité liée de près ou de loin aux cryptomonnaies, «mais qu’elle suivait avec attention la position des régulateurs à ce sujet».

Pousser vers les paradis fiscaux

En France, Caceis s’est montrée plus innovante en proposant en mars 2017, en partenariat avec la plate-forme d’échange Bitstamp, qui est par ailleurs régulée au Luxembourg, un service permettant de transférer des capitaux issus des bitcoins directement dans des fonds d’investissement.

«Nous sommes convaincus que cette tendance pourrait s’accroître et que de plus en plus de promoteurs de fonds proposeront la possibilité d’investir en bitcoins», indiquait à l’époque le directeur général délégué de Caceis, Joe Saliba. Mais Caceis n’a pas voulu commenter la requête envoyée par Paperjam.lu, ni même confirmer que ce service était aujourd’hui toujours valide.

Bref, il s’agit d’un casse-tête de taille pour ceux qui veulent parier dans cette nouvelle technologie financière, tout en espérant pouvoir utiliser leur gain dans l’économie réelle. Une problématique qui est d’ailleurs identique pour les start-up qui lèvent des fonds par le biais d’ICO. Leur capital en cryptomonnaies est bien souvent inutilisable, faute de trouver une banque qui accepte de leur ouvrir un compte.

Du coup, beaucoup de ceux qui disposent d’importants capitaux en monnaies virtuelles décident de passer par des paradis fiscaux, moins regardants, pour sortir leur argent.

Blocage des fonds pendant 12 mois

Resistant Fund vient donc avec une solution. Et si Tahar Slimani et Édouard Vallet, ses deux fondateurs, ont décidé d’installer leur fonds au Luxembourg, c’est parce qu’ils ont trouvé une banque dépositaire qui accepte de jouer le jeu.

Il s’agit de la très discrète Banque de patrimoines privés, qui fait partie du groupe Crèdit Andorrà. Par peur d’être assimilé à une cryptobanque, l’établissement n’a pas voulu commenter son engagement. «L’une des conditions négociées a été le blocage des fonds pendant au moins 12 mois, pour éviter d’être utilisés comme un simple moyen de sortir de l’argent issu de l’économie de la blockchain», précise Tahar Slimani. «Dans le cas des ICO, nous proposons aux start-up de leur reverser de façon mensuelle une somme pour leur permettre de fonctionner, mais dans une limite maximum de 20% du capital investi au départ.»

Des procédures de conformité triplées

Une autre spécificité du Resistant Fund est le triple, voire quadruple filtre de conformité qui est imposé à chaque client. Le processus d’enregistrement, qui a été confié à la start-up luxembourgeoise Algoreg, est doublé par celui de la banque dépositaire. Auxquels on ajoute celui de la plate-forme d’échange de cryptomonnaies par laquelle se fait le transfert, car elle est forcément régulée. Enfin, la ManCo, qui n’est autre que Lemanik, peut elle-même procéder à des vérifications sur l’origine des clients et de leurs fonds.

Des mesures sans doute un peu excessives, mais qui ont pour objectif de montrer aux régulateurs et aux acteurs classiques de la finance que cryptomonnaie peut aussi rimer avec légalité.