Opinion

Quel avenir pour les assurances-vie à taux garanti?

20 Septembre 2018 Par Jean-Michel Lalieu
Christian Strasser, directeur général de Lalux, et Yohann Niddam, managing partner chez Périclès Luxembourg.
Christian Strasser, directeur général de Lalux, et Yohann Niddam, managing partner chez Périclès Luxembourg. (Photo: Maison Moderne)

C’est la question que Paperjam a posée à Christian Strasser, directeur général de Lalux, et Yohann Niddam, managing partner chez Périclès Luxembourg dans le cadre de notre rubrique «Opinion» de l’édition de septembre/octobre de notre magazine. Réponses.

«Moins attractif», selon Christian Strasser, directeur général Lalux

En termes de gestion de portefeuille, les assurances-vie à taux garanti constituent un outil intéressant pour la diversification du risque d’investissement.

Les avantages des assurances-vie par rapport aux produits bancaires traditionnels sont notamment le fait de pouvoir les utiliser comme outil de planification successorale et souvent un cadre fiscal très attrayant.

Bien que l’assurance-vie à taux d’intérêt garanti ait toujours constitué un investissement intéressant dans le passé, l’environnement actuel caractérisé par des taux d’intérêt toujours bas est difficile.

Les faibles taux d’intérêt en vigueur rendent ce type de contrat d’assurance moins attractif pour les clients d’aujourd’hui.

Néanmoins, par rapport à d’autres schémas d’investissement avec des rendements potentiellement plus élevés (mais également un risque plus élevé à supporter par client), le risque financier lié aux assurances-vie à taux garanti incombe uniquement à l’assureur.

Le client est ainsi protégé contre une perte financière – car même un taux d’intérêt garanti à 0% constitue une garantie non négligeable de nos jours pour le client.

L’assurance-vie à taux garanti garde donc toujours son attractivité et sa raison d’être.

«Moins bien que l’inflation», selon Yohann Niddam, managing partner, Périclès Luxembourg

Les produits d’assurance-vie à rendements garantis sont ancrés dans l’esprit des épargnants. Ces produits, introduits dans les années 80 dans quelques marchés européens phares, qui ont pris leur envol dans les années 90 et ont commencé à être absolument incontournables pour tout épargnant dans les années 2000, connaissent toujours un très grand succès dans les années 2010. 

Pourtant, si l’on se place sur le plan des rendements distribués, nous constatons qu’ils n’ont jamais cessé de baisser. Dans les années 90, ces produits affichaient souvent plus de 10% de rendement. En 2000, les produits garantis affichaient sur le marché français une moyenne de rendement au-dessus de 5% pour une inflation de 1,7%.

En 2005, avec une inflation à 1,7% ces produits proposaient par exemple en France encore un rendement très attrayant à 4,2%. L’année dernière, en 2017, la moyenne de rendement proposée ne se situait plus qu’autour de 2%. Et pour cette année, en 2018, nous devrions même connaître des rendements nets d’inflation négatifs.

Au Luxembourg, on constate [...] un regain de collecte, que peu de monde pouvait prédire une année plus tôt.

Yohann Niddam, managing partner, Périclès Luxembourg

Or, ces produits connaissent toujours un très grand succès. Ils sont demandés et plébiscités dans quelques marchés européens, qui ont pris l’habitude de ces produits en apparence très simple à comprendre pour le grand public, et si facile à vendre pour les conseillers bancaires, courtiers ou agents d’assurance.

Au Luxembourg, on constate d’ailleurs au premier semestre 2018 un regain de collecte, que peu de monde pouvait prédire une année plus tôt. 

Les compagnies d’assurance ont depuis quelques années mis en place des politiques de resserrement des critères de souscription pour ces fonds. Les compagnies d’assurance doivent en toute logique gérer ce que les professionnels appellent leur risque actif/passif et ne peuvent pas se permettre des collectes surabondantes qui auraient pour conséquence d’affaiblir fortement les performances du fonds euros, voire également affaiblir les ratios de solvabilité de ces mêmes compagnies.

Mais qu’apportent encore pour les épargnants les fonds d’assurance-vie à rendement garanti en 2018? Les rendements toujours en baisse d’année en année et même des rendements nets d’inflation négatifs ne semblent pas décourager les épargnants et leurs conseillers pour souscrire à ces types de produits. Pourquoi donc continuer à investir dans un produit qui fait moins bien que l’inflation?

De nombreuses raisons expliquent le succès des fonds garantis

De toute évidence, il y a de nombreuses raisons pour que le succès soit toujours au rendez-vous. 

La première raison, qui nous semble la plus fondamentale, est que le fonds à rendement garanti offre avant toute chose la garantie de ne pas perdre à tout instant. Il faut le voir comme un «coffre-fort» qui permet de garder ses actifs en sécurité. C’est la raison de son succès même ces dernières années où les rendements ne sont plus attractifs.

Il y a de nombreux autres facteurs: la connaissance des marchés financiers par les épargnants qui reste limitée, les habitudes des conseillers financiers difficiles à changer, la recherche de la sécurité avant tout même pour les plus fortunés, peut-être même les politiques publiques qui y voient un intérêt.

Les conseillers financiers et les grandes institutions [...] sont de plus en plus encadrés, sur leurs devoirs d’informations et de conseils.

Yohann Niddam, managing partner, Périclès Luxembourg

Les épargnants de nombreux pays européens n’ont pas confiance dans les marchés financiers, souvent par manque de connaissance. Ils ont pour la plupart le sentiment que les marchés financiers ressemblent à un casino, et qu’ils peuvent perdre toutes leurs économies. Face à cette crainte, ils ne trouvent que très peu de produits capables de les rassurer. L’assurance-vie à rendement garanti apporte cette sécurité.

Les conseillers financiers et les grandes institutions qui sont en première ligne pour vendre ces produits aux plus grands nombres sont de plus en plus encadrés, sur leurs devoirs d’informations et de conseils. Informer et conseiller sur des fonds à rendements garantis restent quelque chose de très simple et évite des prises de risques inutiles pour les conseillers.

Comme ils ont face à eux des clients pour la plupart prudents, ils ne se risquent naturellement pas trop à les orienter vers les produits en unités de compte (UC), tout au moins, ils leur proposent 10% ou 20% d’UC. De nombreux conseillers sont également peu ou mal formés sur la gestion financière et par réflexe et facilité, s’engagent peu dans l’inconnu des UC.

Nous pourrions croire qu’une clientèle plus aisée, voire une clientèle fortunée, mieux conseillée, s’orienterait davantage vers les produits en unités de compte et délaisserait les fonds garantis. Et bien encore non! De nombreux banquiers privés notamment sur les marchés italiens ou français orientent encore beaucoup leurs clients vers des fonds garantis d’assurance.

En définitive, le fonds garanti du contrat d’assurance-vie reste la meilleure possibilité offerte pour une épargne de précaution.

Yohann Niddam, managing partner, Périclès Luxembourg

Dans la stratégie d’allocation d’actif global d’un client, ils estiment encore que ces fonds doivent avoir une place importante sinon prépondérante. Ainsi, sur la place du Luxembourg, qui s’adresse à une clientèle essentiellement High Net Worth ou supérieure, les fonds garantis ne cessent de se vendre. Si les compagnies ne restreignaient pas plus l’accès à ces fonds, sans nul doute que la collecte serait encore plus importante encore.

Pourrions-nous dire, dans un autre registre, que les politiques publiques encouragent le développement de ces fonds? Les compagnies d’assurance-vie achètent effectivement massivement des obligations d’États européens. Cela permet de financer une part de la dette de nos pays, et de faire en sorte que les créanciers de la dette restent au moins en partie sur le territoire européen.

Nous constatons même que l’article 21 bis de la loi Sapin en France, qui encadre les rachats en cas de scénarios critiques de remontée brutale des taux d’intérêt, n’effraie pas tant que cela les épargnants qui continuent à investir sur les fonds garantis d’assurance-vie. 

En définitive, le fonds garanti du contrat d’assurance-vie reste la meilleure possibilité offerte pour une épargne de précaution ou une épargne court ou moyen terme, si on ne veut absolument pas de perte. Force est de constater que le fonds garanti, à l’origine prévu pour une épargne de long terme, sécurise beaucoup les épargnants par son côté liquide (même si cette liquidité peut être limitée en cas de scénarios économiques non souhaités).

Les épargnants gardent leurs contrats d’assurance-vie sur du long terme, mais restent séduits par son côté rachetable à tout moment, pour pouvoir pallier à des coups durs ou en cas d’évolutions de projets de vie.

La recherche de solutions alternatives aux fonds garantis

Malgré cette tendance lourde en faveur des fonds garantis, nombreuses sont les prises de paroles de professionnels qui encouragent l’abandon du fonds garanti et l’orientation vers les unités de compte.

Pour vouloir abandonner le fonds euros (fonds garanti), et vouloir trouver des alternatives à cet investissement, il faut avant toute chose que l’épargnant se débarrasse de la promesse de garantie en capital à tout instant. Si l’épargnant fait le deuil de la liquidité couplée à une garantie en capital, il est alors possible d’imaginer une série d’alternatives qui peuvent devenir très vite attractives.

En fonction, des horizons de placement et des objectifs du client, le conseiller met en place une stratégie d’investissement.

Yohann Niddam, managing partner, Périclès Luxembourg

Dans ce nouveau cadre, pour trouver une alternative au fonds garanti d’assurance, il faut d’abord les conseils d’un bon professionnel. Ce bon conseiller est capable d’écouter son client et de comprendre ses besoins. Il en déduit différents horizons de placement selon les projets de son client. Enfin, en fonction, des horizons de placement et des objectifs du client, le conseiller met en place une stratégie d’investissement qui peut allier performance et maîtrise du risque à moyen/long terme, ce qui peut constituer ce que l’on appelle classiquement une alternative aux fonds garantis.

Dans ces cas de figure, de nombreuses alternatives se profilent

Tout d’abord, ces alternatives peuvent se trouver dans des évolutions des fonds euros classiques que l’on retrouve chez des assureurs français: fonds eurodynamiques, fonds eurocroissance, fonds euroimmobilier. Les fonds eurodynamiques permettent d’apporter plus de performance en échange d’une garantie en capital qui n’est pas totale, mais partielle.

Par exemple, une garantie en capital à 90% peut être apportée à tout instant en échange d’une espérance de gain supérieure. Ces fonds utilisent une technique de gestion bien connue sous le nom du mécanisme des coussins. Le fonds eurocroissance est un fonds répondant à une réglementation française stricte et qui permet d’apporter une garantie en capital à terme. En échange, le fonds permet de diversifier les actifs investis.

Ces fonds n’ont eu que très peu de succès jusqu’à aujourd’hui, cet échec étant dû au marché des taux qui reste à un niveau très bas, et à la complexité intrinsèque de ce type de fonds. Les fonds euroimmobilier sont des fonds principalement composés en sous-jacents immobiliers, qui permettent d’espérer des rendements supérieurs aux fonds eurosclassiques. Ces fonds connaissent un certain engouement.

Les assureurs pourraient également innover plus encore et proposer de nouvelles techniques de garanties assurantielles couplées ou non à une gestion à coussin ou à des unités de compte. Les assureurs pourraient imaginer des options d’arbitrage automatique sur les unités de compte permettant de reproduire au sein d’un portefeuille d’unités de compte une gestion à coussin ou autre…

Bref, beaucoup de choses sont possibles, mais à ce jour, peu de solutions alternatives assurantielles semblent capables de séduire en masse les épargnants.

Les fonds obligataires peuvent apparaître également comme une alternative intéressante.

Yohann Niddam, managing partner, Périclès Luxembourg

Ensuite, nous pouvons trouver des alternatives au travers de produits financiers à loger au sein de la poche d’unités de compte du contrat d’assurance-vie ou tout simplement au sein d’un compte titres. Nous pourrions évoquer ici quelques alternatives parmi tant d’autres. Les alternatives les plus proposées au sein même des contrats d’assurance-vie sont les fonds à formule ou autrement appelés produits structurés.

Ils proposent dans la plupart des cas un capital protégé (à 90% par exemple) moyennant des espoirs de gains possibles (en fonction d’évolutions d’indices de marché par exemple). Les fonds obligataires peuvent apparaître également comme une alternative intéressante. Le principe est assez simple. Le gérant du fonds investit dans un panier d’obligations à terme fixe, et garde sa position jusqu’au terme.

Le fonds bénéficie des coupons versés et permet d’apporter une performance annuelle fixe, en contrepartie d’un risque de crédit. Les stratégies de ces fonds peuvent également permettre de réserver une part du fonds pour que le gérant réalise des arbitrages et saisissent des opportunités de marché.

Un avenir pour les fonds garantis

En définitive, compte tenu de tous ces constats, nous pouvons facilement penser que les fonds garantis auront encore un avenir. Les habitudes et la recherche de sécurité même avec un rendement net d’inflation négatif pourraient avoir le dessus sur la recherche de performance à tout prix. Néanmoins, nous pouvons prévoir que la tendance à moyen long terme est que les unités de compte prendront une part plus importante dans les portefeuilles des épargnants.

Pour cela, il faut que les épargnants soient bien conseillés, et pourquoi pas qu’ils viennent chercher leurs solutions d’assurance-vie au Luxembourg. Le Luxembourg est particulièrement bien placé pour les offres en unités de compte adaptées pour les Hnwi (High Net Worth Individuals) avec les Fonds Internes Dédiés (Fid) ou les Fonds d’Assurance Spécialisés (Fas).